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MARTINIQUE LIBRE, contribution à l’élection de la CTM de juin 2021

En mars 2020, j’ai entrepris d’écrire un texte qui serait ma contribution politique à ce qui se passera en juin 2021 : le renouvellement de la Collectivité Territoriale de Martinique les 13 et 20 juin. Réfléchir pour discuter, échanger, pour faire avancer la Martinique. Je ne crois ni aux hommes providentiels, ni aux femmes providentielles, mais à la force de l’énergie collective et au pouvoir « révolutionnaire » de la politique. Je crois aussi à la force et à l’énergie de la sincérité. En politique et en toute chose. Je crois enfin que l’élection de juin doit s’inscrire dans un temps de transformation radicale de notre façon de faire de la politique. Je souhaite pour ma part qu’une femme incarne ce changement radical.

SOMMAIRE

Préambule : Empreinte de vie, Empreinte de Martiniquais.e

Croire …Imagine all the people

Vouloir

La Martinique en 2021

La CTM : de larges pouvoirs dévolus par la loi

Agir…The sky, the limit

Le monde, autour de nous : ouvrir nos antennes pour nous projeter

Un idéal : une Martinique libre, fière et solidaire

Les moyens

Conclusion

Empreinte de vie, Empreinte de Martiniquais.e....
Je suis martiniquaise. Je suis née ici, j’ai grandi ici. Je m’appelle Sylviane. Je suis une mère de famille. J’ai 40 ans et deux enfants. Je suis aide-soignante, je viens de divorcer après 7 ans de vie commune. Je suis en CDD renouvelé depuis 10 ans. Je dois chercher un logement. Je paie un crédit pour ma voiture de 300 euros, sans compter l’essence. Je travaille à Fort-de-France, mes enfants sont scolarisés au Diamant. Tous les soirs, c’est la course pour les récupérer. Le plus grand qui a 12 ans, récupère le petit et ils rentrent tous les deux à la maison seuls. Je vais voter en juin 2021.

Je suis martiniquais. Je m’appelle Bruno. J’ai 46 ans. Je suis au chômage depuis… quasiment toujours. J’ai connu des problèmes de toxicomanie. Je suis parti en France pour échapper à la pression. J’ai fini par m’en sortir. J’ai eu des petits boulots, mais jamais rien de stable. Je suis rentré en Martinique. J’ai cherché du travail, mais sans formation réelle, pas facile. J’habite le Carbet, j’ai répondu à une offre d’emploi au François, ils embauchaient dans l’agroalimentaire. Le travail commence à 6h. Je n’ai pas de voiture. Je ne peux pas travailler là-bas, à cause du transport. Je vais voter en juin 2021.

Je suis martiniquaise. Je suis née ici. Je m’appelle Lara. Je suis une jeune diplômée d’une école de commerce. J’ai 27 ans. Je suis partie en Asie du Sud Est pour me forger une expérience que je veux mettre au service de mon île. Ça y est, je veux rentrer chez moi et m’y installer, fonder ma famille, créer mon entreprise dans quelque temps. Avant, j’ai envoyé ma candidature, mais je ne trouve pas de travail. Les places sont prises. Je pense bien que je vais repartir. On me fait une proposition à Londres dans une compagnies d’import-export. Je suis inscrite sur les listes électorales. Je vais voter en juin 2021.


CROIRE…Imagine all the people…

La politique a le pouvoir de changer la vie des gens. L’action politique est transformatrice. Elle s’oppose à l’individualisme et traduit une ambition commune de faire société. A l’échelle d’une vie, chacun a le droit et le pouvoir de choisir : dire, critiquer, conspuer, invectiver, insulter, se plaindre, blablater, ou agir, réfléchir, s’engager, retrousser les manches, travailler. Aucune génération n’a de mission, parce que les hommes et les femmes qui la composent ont leur vie à vivre et chacun évalue ses priorités à son échelle. Pour certains, l’objectif et les priorités de la vie c’est de fonder une famille, subvenir à ses besoins, gagner de l’argent, pour d’autres, c’est de voyager, s’engager… Je ne souscris pas à cette injonction qui semble contenue dans cette citation de Fanon : « chaque génération découvre sa mission, l’accomplit ou la trahit ». Quel poids ! Quelle responsabilité ! Pourquoi ? Ceux qui se croient un destin s’engagent dans la voie qui la leur désigne. Sinon, chacun fait ce qu’il peut ou comme il veut dans une société, qui met au-dessus de toutes les valeurs, la liberté.Chacun a le droit de choisir sa voie. Chacun a le droit de décider ce qui le rend heureux. Et n’est-ce pas ce que la plupart d’entre nous recherchent ? Être heureux.

Le bonheur est évidemment relatif, mais il découle en général de la satisfaction de besoins qui peuvent être essentiels (physiologiques et sécurité), psychosociaux (appartenance et estime de soi) ou de réalisation de soi. Souvent, on entend dire que les Antillais doivent être solidaires, qu’ils doivent se soutenir, comme si on faisait peser sur eux un poids (pourquoi ?) qui ferait fi des envies, des désirs individualistes et personnels. Chacun fait ce qu’il lui plait. Nul n’a de sacrifice à réaliser pour faire partie de la communauté. Encore faut-il tout de même que la communauté ait du sens, qu’on ait encore envie de faire communauté, société ou peuple.La vie en société et en démocratie emporte des droits et des devoirs. Le droit de vote, le droit de s’exprimer, le droit de contester, le droit de proposer. On dit le politique désenchanté, les politologues commentent les chiffres et les statistiques qui semblent inexorablement marquer le désintérêt des électeurs pour la chose publique. L’abstention atteint des niveaux stratosphériques et les décideurs politiques sont parfois élus avec à peine le quart du corps électoral. Ainsi l’équipe au pouvoir à la Collectivité de Martinique a-t-elle été élue en décembre 2015 par 26, 92% des inscrits. Ce n’est pas de leur faute, mais la nôtre, citoyens qui avons la chance de vivre dans une démocratie où le vote a un sens et un poids, mais où l’on ne vote guère. Comme si l’on comptait de moins en moins sur les politiques, ou la politique pour nous aider à changer nos vies, nous aider à satisfaire nos besoins, même les plus essentiels. Chacun (en tout cas ceux qui le peuvent) se replie sur sa sphère privée (ses amis, sa famille, sa tribu) pour trouver les réponses à des besoins primaires, ou d’appartenance. Pourquoi une telle désaffection ? Certains pensent que les politiques sont tous pourris, qu’ils ne s’occupent que de leurs affaires, que la politique sert aux politiciens qui en font profession pour se remplir les poches, se construire des immeubles et s’assurer une rente pour leurs vieux jours, quand ils ne sont pas purement et simplement soupçonnés d’être corrompus ! La politique ne servirait donc qu’aux…politiques ! Il est vrai que le spectacle donné par les assemblées de la CTM ces derniers mois n’est pas de nature à donner confiance. Notre pays est meurtri par des décennies de cancans de politicaillerie, par de l’immobilisme.

Pendant que le peuple souffre, pendant que les plus fragiles sont laissés sur le bord du chemin, nos hommes politiques « démagoguent » trop souvent, surfant sur les haines recuites, héritées d’un passé douloureux. Ainsi, au plus fort de la crise sanitaire qui nous a confinés à partir du 16 mars 2020, les Martiniquais sont privés d’eau alors que les gestes barrières leur imposent de se laver les mains régulièrement, mais certains politiques surfent sur l’opposition nèg-bétjé sans proposer de solutions concrètes pour éviter les effets annoncés d’une prochaine sécheresse. Au moment de la reprise, une intersyndicale pointe du doigt les incohérences du plan de reprise de l’activité de la CTM, toujours à l’arrêt le 2 juin 2020, alors que l’ensemble des entreprises et des martiniquais sont appelés à reprendre le chemin du bureau, pendant que des jeunes lycéens, du Conseil départemental des lycées, appellent les pouvoirs publics à rouvrir les lycées après une année blanche, alors même que les écoles dans certaines communes sont ouvertes depuis plusieurs jours.

La Martinique est en souffrance… pays empêché, pays « passé à côté de son cri, le seul qu’on eut voulu l’entendre crier » dit le poète. Ceux qui dirigent la CTM à la tête du conseil exécutif et de l’assemblée depuis 2015 sont les politiques les plus anciens aux fonctions politiques cumulées. 20 ans de députation, 11 ans à la tête du Conseil Régional pour le Président de l’exécutif. 18 ans, président du Conseil général, 16 ans sénateur et 4 ans député pour le président de l’Assemblée territoriale. Ces années à la tête des institutions locales, territoriales et nationales en font des personnes d’expérience à coup sûr, mais pas forcément les plus aptes à projeter la Martinique dans l’avenir pour affronter les défis qui se posent. C’est aussi la responsabilité de ces hommes « sages » d’organiser la relève, de promouvoir et d’encourager par leur action ou leurs écrits l’engagement démocratique dans leur camp, voire au-delà. Chaque génération d’hommes politiques a une mission.

Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain et crier que cette génération n’a rien fait, ce serait injuste, faux et mensonger. On ne peut cependant pas s’empêcher de souligner qu’elle a beaucoup débattu du statut, pour qu’on final, ce statut n’ait guère changé depuis le temps où elle a commencé à en parler (autonomie, indépendance…) et que nos modes de vie et surtout de consommation semblent nous avoir ancrés encore plus durablement dans la France, plus dépendants, plus consommateurs de relations exclusives, à peine différentes aujourd’hui de ce qu’elles étaient au 19èmesiècle. A la décharge de ces hommes politiques, la Martinique a subi l’évolution du monde : la mondialisation, l’influence des culture mondialisées, l’ouverture aux technologies du XXème, puis XXIème siècle, les réseaux sociaux…ce qui se fait et dit ici ressemble en de nombreux points à ce qui se fait et dit ailleurs. Le problème cependant c’est que nos hommes politiques locaux ont nourri l’illusion que nous étions seuls au monde et spécifiques. Spécifiques. Un mot à double tranchant qui nous fait vouloir être dedans et au-dehors, pareil et dissemblable. Il me semble en effet que nous souffrons de ce retrait du monde, nous nous pensons en iliens, seuls au milieu de l’océan, arrimés à une France lointaine, et à une Europe évanescente, qui ne se manifesterait de façon irréelle que sous forme de fonds structurels dont les milliards nous arrivent et parfois repartent, mais en tout cas permettent à notre île d’atteindre un niveau d’équipement que nous n’avons à envier à aucun autre territoire européen, mais que les îles voisines nous envient.

Pas de mauvais procès à nos aînés : ils ont fait selon leurs priorités. Ils ont fait avec l’État, selon les règles en vigueur en France, en Europe, parfois avec la lenteur et l’inertie des administrations, le manque de volonté de l’autre côté, mais aussi de ce côté-ci. Pourquoi n’avons-nous pas un conservatoire de musique, dont le projet remonte à 2008, pourquoi n’avons-nous pas un musée d’Art moderne, pourquoi pas un musée de l’histoire de la Martinique (pas un Mémorial Act qui a coûté 80 millions d’euros, et alors ?), pourquoi en sommes-nous encore à parler de transport, pourquoi ? pourquoi ? De fait, les questions prégnantes de notre réalité restent sans réponses efficaces : transports, inégalités, développement économique, chômage.

Les femmes dans ce pays qui sont majoritaires souffrent des carences, déséquilibres qui se manifestent jusque dans les détails de l’organisation de leur vie. Les jeunes dont on se plaint qu’ils partent trop nombreux semblent les grands oubliés des projets, qu’il s’agisse de mobilité (encore), d’université ou de culture. Sans parler d’exemplarité que certains peut-être auraient aimé trouver chez leurs aînés. La Martinique ne semble pas aller mieux qu’avant, même si le nombre de grosses cylindrées rapporté au nombre d’habitant ferait pâlir d’envie nos voisins.  19137 véhicules neufs immatriculés en 2019, soit 42 véhicules pour 1000 habitants, en hausse de 14 points en 5 ans, contre une hausse de 3 points à l’échelle nationale (DEAL Martinique – Unité Observation et Statistiques Février 2020)

Les martiniquais ont-ils le choix ? Le feuilleton du TCSP jusqu’à l’ouverture de ce service tant attendu sur 13 kilomètres dans le centre début 2018 est un peu le symptôme de l’empêchement chronique qui caractérise l’action des politiques. Bien sûr, les institutions locales ne détiennent pas tous les pouvoirs, mais elles ont acquis de plus en plus d’autonomie et de marges de manœuvre dans des domaines où les compétences n’ont cessé d’être réclamées et dans lesquels, elles ont finalement été élargies, notamment à travers la loi même qui a créé la CTM. Et si nous n’avons pas tous les leviers en main, nous devons nous battre pour être des interlocuteurs incontournables, véritables turbines et moteur de notre développement culturel, social et économique.

Nous sommes à un moment crucial de l’histoire de ce pays. Les temps ont changé, nous sommes définitivement entrés dans le 21ème, mais la Martinique peine à avancer et à se projeter parce qu’elle reste tiraillée par ses vieux démons : le doute en ses capacités, les oppositions noir/béké héritées du passé, l’incapacité à se penser grand et à imaginer que nos caractéristiques intrinsèques peuvent constituer des atouts, notre difficulté à nous penser dans le monde, partie prenante de ce monde, capables de faire jeu égal avec n’importe quelle communauté du monde. L’individualisme et les inégalités prévalent et les structures traditionnelles qui contribuaient à une forme de paisibilité de notre communauté sont en recul. La famille élargie, la famille tout court ont été mises à mal par les difficultés économiques ainsi que l’émigration et l’exode massif des jeunes et des moins jeunes.  La question de l’identité reste prégnante, aujourd’hui encore plus qu’hier. Comme si la Martinique collectivement doutait de ce qu’elle est et il apparait urgent de trouver les moyens pour ressouder notre communauté, au-delà des oppositions qu’il est normal et logique de trouver comme dans n’importe quelle famille. Le faire sur des objectifs partagés.

Notre pays, notre île, notre territoire, notre terre, notre région… la Martinique. Petit pays de 80 kilomètres de long sur 30, 1100 kms2. La Martinique, entre Europe et Caraïbe, tiraillée par le passé d’esclavage qui semble indépassable (du moins dans les discours) et où la lutte des classes se superpose dans la prégnance de rapports ethniques qui semblent indépassables…les blancs, les noirs…les Neg, les békés, bétjé…

Une société empêchée d’être ce qu’elle est : ouverte, résiliente, inventive, résistante, travailleuse, volontaire. Comme si nous avions peur de nous faire confiance.

Une société où le bruit des réseaux sociaux est encore plus assourdissant, où la pression sociale est plus forte qu’avant, la bienpensance et la violence se déploient. Où il me semble plus difficile de débattre, où l’espace public est saturé de monologues énervés, et où le dialogue se noue avec difficulté.

Je me rappelle avoir animé pendant plus de deux ans, une émission « Place Publique » surATV, où l’on parlait de tout, à la première personne, ou si les invités parfois s’énervaient, ils se regardaient toujours dans les yeux pour se répondre. L’espace public, la place publique nous manquent.

Les Martiniquais vivent-ils mieux aujourd’hui qu’il y a 40 ou 50 ans ? Les nouvelles générations sont-elles mieux loties que leurs aînées ?  Sommes-nous plus heureux ?

Les schémas, SAR, schéma régional de cohérence écologique, schéma de déplacements et de transports, schéma de développement du tourisme, agricole, et autre Paddma, les plans d’innovation, les assises, les états-généraux, les livres bleus ou blancs se sont multipliés ces dernières décennies et l’on pourrait évaluer le nombre d’arbres qu’il a fallu abattre pour supporter tous les mots écrits sur et pour le développement de la Martinique, des dizaines de plans en toute sorte pour une situation qui ne nous est pas enviée. Alors, d’où vient que la situation globale de la Martinique ne s’est pas améliorée ? Que sa balance des paiements reste déficitaire, que ses échanges commerciaux le sont tout autant, que le chômage des jeunes semble endémique, que l’exode soit de plus en plus profond ?

Parfois, il n’est pas besoin d’aller chercher très loin les idées, qui si elles étaient appliquées nous rendraient la vie plus belle et plus facile.

Ainsi du dernier STDE2I, schéma territorial de développement économique, d’innovation et d’internationalisation élaboré après concertation des principaux acteurs économiques et sociaux de ce pays qui énonce un certain nombre de mesures intéressantes.

N’y-a-t-il donc aucune solution ? Devrions-nous nous contenter du i bon kon sa, Si dié vé, sé nou menm.

L’imaginaire martiniquais a intériorisé une forme de fatalité et des idées toutes faites, forgées parfois dans la littérature politique.

Pourtant, le temps passe et presse : le monde est entré définitivement dans le 21èmesiècle en février-mars 2020. La pandémie du Covid 19 qui a heurté de plein fouet nos sociétés globalisées, interdépendantes, a bousculé nos certitudes et nos dogmes. Sociétés fragiles, sociétés mal préparées à ce qui pourrait devenir des récurrences menaçantes notamment pour les plus démunis d’entre nous.

La Martinique a bien entendu vécu ces soubresauts inédits et elle doit évidemment en tirer les leçons pour l’avenir.

Notre identité multiculturelle, notre appartenance à un grand pays et à un grand ensemble géopolitique (qui doit encore progresser sur le plan de l’harmonisation et de sa capacité à faire front d’une voix coordonnée), notre présence à la grande Caraïbe sont autant d’atouts qu’il nous faut valoriser pour en faire de véritables leviers d’un développement harmonieux et durable.

 

Le monde craque, les repères se dérobent devant les incertitudes et l’inconnu. La sécurité ne semble plus nulle part garantie où que l’on pose le regard. Réchauffement climatique, terrorisme, insécurité sanitaire, pandémies, cyclones, rien n’est comme avant et les génération Z et Alpha doivent trouver leur place dans un environnement dont le sol est de plus en plus meuble. Nous devons nous adapter, comme nous l’avons fait pour affronter la pandémie du Covid 19 en mars 2020. Nous en sommes capables. La Martinique est un petit pays dont l’histoire coloniale a été l’accoucheuse d’une identité singulière, composite de rencontres, de chocs, de douleurs, mais aussi d’ensemencements féconds.

Être martiniquais, ce n’est pas être européen, ce n’est pas être africain, ce n’est pas être indien, ce n’est pas être libanais, ce n’est pas être syrien, ce n’est pas être chinois, c’est être tout cela à la fois. Être Martiniquais c’est vivre et partager avec d’autres une terre qui a porté des esclaves, qui a porté des colons, qui a porté des engagés… une terre qui a inventé un homme singulier dont l’expérience d’aujourd’hui se construit dans la Caraïbe et dans le monde, avec un passeport français et européen, dans un système qui lui garantit des droits et qui lui demande de remplir certains devoirs. Relire Edouard Glissant, comprendre.

Ces appartenances, ces filiations multiples parfois en contradiction apparente, qui se sont combattues parfois nourrissent une psychologie heurtée, tourmentée, intranquille. Mais cette identité est une richesse, un atout, un plus, elle sous-tend une capacité incroyable à s’adapter, cette fameuse résilience, qui ici n’est pas un vain mot.

Nous sommes des femmes et des hommes volontaires, qui ont toujours su aller de l’avant, en particulier dans les moments difficiles : qu’il s’agisse de la fin de l’esclavage, quand une partie de nos ancêtres s’est révoltée contre les colons, pour briser leurs chaînes, ou pendant la guerre, au moment où une partie de nos ancêtres, a pris la mer pour rejoindre les Forces françaises libres pour défendre la France et résister à l’occupant nazi, nous sommes des héros. Nous sommes des guerriers.

Aujourd’hui, alors que le monde doit réinventer une façon de vivre ensemble, les uns avec les autres, les uns à côtés des autres, nous sommes conviés à la même révolution culturelle, avec des atouts et des fragilités qui nous imposent d’être inventifs.

Nous sentons bien en 2021 que nous sommes arrivés à la croisée des chemins, comme si nous avions rendez-vous avec nous-mêmes, comme si c’était l’heure de la dernière chance, celle de poser un projet de société qui nous permettra de faire face à l’avenir.

Nous sommes invités à refonder une vision commune qui s’appuie sur ce que nous savons de nous-mêmes et ce qu’il nous faut construire ensemble, sur ce qui nous rassemble, en ayant à l’esprit ce qui peut nous diviser, sans puérilité, sans tabou, mais avec le souci de construire une société libre, fraternelle, responsable et solidaire.

Il nous faut refonder la confiance en l’action politique et en notre capacité de faire face aux défis, de construire une société où nos enfants pourront vivre, travailler et être heureux, où nos parents seront en sécurité et où chacun sera respecté.

A quoi sert la CTM ?  Si nous ne nous posons pas la question à quelques semaines de la seconde élection de ce « nouvel » outil démocratique, quand nous la poserons-nous ? Et si la collectivité territoriale de Martinique était tout simplement là pour nous aider à être plus heureux ? Nous aider… car, avec un peu plus d’un milliard d’euros de budget, elle ne peut pas tout évidemment. Mais l’argent ne fait pas le bonheur, c’est bien connu. Si nous demandions à la CTM tout simplement de faire le mieux possible ce qu’elle est censée faire ? Avec ses moyens, les hommes et les femmes qui travaillent pour cette administration au service des citoyens que nous sommes ? Si nous demandions à ceux qui vont diriger la CTM de le faire avec un sens des responsabilités et du service qu’ils mettraient au-dessus de toutes les autres valeurs ? Par exemple, si nous leur demandions de respecter la fonction : être démocrates (après tout, ils ont été élus par les citoyens, qui par leur bulletin de vote, manifestent leur attachement à la démocratie), débattre en s’écoutant…Si nous leur demandions de nous aider à projeter notre territoire dans le monde d’après, avec une envie, un désir de Martinique, une volonté de faire.
VOULOIR
La Martinique en 2021

 La Martinique compte 361 177 habitants. Son PIB, produit intérieur brut, la richesse créée par les entreprises, les administrations en 2019 est de 9,1 milliards d’euros. Soit 25 145 € par habitant, ce qui fait de notre territoire l’un des plus riches de sa zone (le PIB national est de 32 400 € en 2018). Les services pèsent pour 82,6% dans la valeur ajoutée, l’industrie/ la construction 13,9% et le secteur primaire (agriculture, pêche) pour 3,5%. En 2019 les importations hors produits pétroliers représentaient 2,2 €milliards. Dans le même temps les exportations hors produits pétroliers représentaient 238,4 €millions, soit près de 10 fois moins en valeur que les importations.

Notre vie a-t-elle changé au cours des 40 dernières années ?

L’IDH de la Martinique comme celui de la Guadeloupe est le plus élevé de la zone Caraïbe, même s’il est seulement égal à celui de la France de 1998. L’amélioration des conditions sociales des populations compense le retard de développement économique.

De fait, les transferts sociaux mis en œuvre par l’Etat depuis 1946 et la loi de départementalisation assurent un niveau de vie qui permet de maintenir la consommation à un niveau que peuvent nous envier les autres pays de la zone et beaucoup de pays du monde.

En 2017, avec 26 710 euros/ an, la Martinique arrive 4èmedans le classement par PIB après Trinidad et Tobaggo (31 858) et St Kitts et Nevis (28 011) et la Guadeloupe.

La Martinique a changé et elle n’a pas changé.

Pour le chômage, par exemple : les niveaux considérés comme endémiques en 1999 l’étaient toujours autant en 2017 et le sont toujours en 2020.

Pour la mobilité : après des années de retard, le TCSP a été construit sur 13 kilomètres, mais il ne garantit toujours pas la mobilité de ceux qui n’ont toujours pas les moyens d’acheter une voiture. Les femmes sont les premières touchées par cette fracture mobile, souvent à la tête de familles monoparentales, elles sont moins bien payées que les hommes, ont charge de famille et doivent s’occuper des enfants, et travailler. De sorte qu’elles sont souvent les plus nombreuses dans les files d’attente aux arrêts de bus.

Pour les médias : les médias de notre île sont pour certains en difficulté, et il faut redéfinir la notion de service public de l’audiovisuel.

Pour notre industrie : peu d’innovation, une industrie essentiellement agroalimentaire, qui ne représente au total que 4% de notre PIB.

Pour notre agriculture et la pêche : nous avions des limes, des ignames, une agriculture vivrière diversifiée, aujourd’hui, si nous sommes finalement autosuffisants en œufs locaux, notre pêche couvre à peine 20% de nos besoins, et notre production bovine, à peine 10%.

Pour la sécurité : 2019 a été marquée par un nombre record d’homicides. Et nous devons au confinement et à la crise sanitaire d’avoir mis entre parenthèse la violence de plus en plus forte dans notre île, dans la rue, cette violence s’est exprimée dans les maisons, envers les femmes et les enfants.

La Martinique connaît un taux de pauvreté dont les politiques nationaux ou locaux ne devraient pas être fiers : 30% des Martiniquais vivent sous le seuil de pauvreté, soit avec moins de 1100 euros par mois. Dans une ville comme Saint-Pierre 1950 personnes vivent des minima sociaux sur un total de 4100 habitants.

Et l’on en oublierait presque les coupures d’eau qui frappent régulièrement une bonne partie des Martiniquais et pas qu’à cause du problème de Séguineau. Les infrastructures sont obsolètes, la réorganisation du système administratif (passage de syndicat à autre syndicat, intercommunalité…) a créé de la complexité, et tout ceci pèse au final sur le prix de l’eau (l’un des plus cher de France) et l’approvisionnement.

Cerise sur le gâteau : notre île perd ses habitants. Plus de 3000 par an : baisse de la natalité, départs sans retours…notre société vieillit et semble moins dynamique. Et pourtant…

La Martinique est une société empêchée, et ces empêchements ou ces renoncements sont le terreau fertile de certains groupes de Martiniquais qui accusent principalement l’État de ne pas prendre ses responsabilités notamment dans le dossier complexe du chlordécone qui cristallise la défiance, la méfiance, et l’opposition.

Ce scandale sanitaire sans précédent en France doit faire l’objet d’une réponse à la mesure des dégâts causés par ce poison sur ces deux volets.

La plainte des associations qui a déclenché l’affaire au plus judiciaire doit aller à son terme. Les pertes et disparition de pièces utiles à l’instruction doivent être expliquées, les responsables identifiés et punis le cas échéant. La lenteur de la justice pour instruire un dossier qu’on imagine complexe et dans lequel la responsabilité de l’État lui-même, ministres de l’agriculture, mais aussi de parlementaire pourrait être établie ne peut tout expliquer.

Il faut que la justice passe et il convient de condamner l’inertie de l’État qui a temporisé, comptant sans doute sur l’apathie des populations très faiblement mobilisées, en dehors d’un cercle très limité de militants écologistes ou d’intellectuels tels Raphaël Confiant et Louis Boutrin qui en 2007 ont publié deux ouvrages : « Chronique d’un empoisonnement annoncé – le scandale du chlordécone aux Antilles Françaises- 1972- 2002 » et « 12 mesures pour sortir de la crise » (L’Harmattan).

Dénonciation en 2007, après Pierre Davidas, militant écologiste qui avait alerté dès 1985 sur les méfaits de ce pesticide répandu dans les bananeraies, comme l’a souvent rappelé Raphaël Confiant lors de ces interventions sur le sujet.

L’autre volet, social doit être lui aussi mené à son terme, avec la réparation et l’indemnisation des victimes du pesticide. Il faut avancer sur le terrain de la réparation d’un crime écologique qui atteint les Antillais dans leur santé et de façon durable. L’État s’y est engagé par la voix du président de la République en personne en septembre 2018 au Morne-Rouge.

Pourquoi les groupements de production bananiers ne contribueraient-ils pas au fonds d’indemnisation des ouvriers agricoles ? Pourquoi la ou le délégué.e interministériel.le chlordécone n’est-il toujours pas nommé auprès du premier Ministre pour coordonner les politiques publiques de réponse à ce scandale, avec le souci de l’information ? Pourquoi les produits vendus dans les supermarchés n’affichent-ils pas tous une étiquette « zéro chlordécone » qui permettra aux consommateurs qui sont renseignés sur la présence de l’huile de palme dans les biscuits, de savoir combien de chlordécone ils consomment.

Ils connaissent le taux de particules fines auquel ils sont exposés quotidiennement avec la pollution automobile (une autre pollution en hausse !), pourquoi pas la présence de chlordécone, si le suivi est assuré réellement !

Bref, sans doute, le sujet paraît éloigné de la CTM… pas tellement. Et il faut saluer l’initiative de Louis Boutrin en faveur du label zéro chlordécone. Les agriculteurs doivent bien entendu être accompagnés pour tendre vers le 0 chlordécone, car il ne s’agit pas de stigmatiser une profession, mais de l’aider à produire sous contrainte des produits sains.

Par l’idéologie, par le ressassement non résolu du passé, par les oppositions sociales/ raciales présentées comme indépassables, par le manque de pragmatisme, par le manque d’envie ? une gouvernance peu démocratique et trop solitaire voire autoritaire, par l’absence de la conscience de nos forces, par l’individualisme, notre société est empêchée.

Notre appartenance à un grand ensemble nous donne accès à des technologies, à un marché, à un système de santé, à des droits que nous n’aurions pas ailleurs, aux États-Unis, dans la Caraïbe, en Afrique, en Asie…pourtant nous avons du mal à nous voir autrement qu’en pays sous- développé. Nous souffrons d’un complexe d’infériorité, nous pensant incapables de réaliser ce qu’on développe dans de grands pays, alors que nous avons des ingénieurs, des ouvriers, des artisans, des artistes incomparables.

Nous devons réapprendre à nous faire confiance, réensemencer les valeurs qui étaient essentielles individuellement et collectivement : le respect, le travail, la solidarité.

La politique peut passer par une phase de protestation, mais elle suppose surtout l’action et la projection.

Depuis les lois de décentralisation, et encore plus depuis le référendum de 2010 et l’avènement de la Collectivité unique, nous avons énormément de pouvoirs, localement pour changer la vie en mieux.

La CTM est un acteur incontournable de l’amélioration de nos vies. Elle est responsable du développement économique, de la formation, de la culture, de l’action sociale. Elle aide les entreprises directement, elle est au conseil d’administration de l’université, elle cofinance les projets avec l’Europe et l’État et est autorité de gestion de certains fonds structurels tels que le FSE, le FEDER, Interreg, elle gère et construit les lycées, elle construit des routes, décide des modes de transports à financer, de l’organisation de ce transport, elle s’occupe de démoustication ou de lutte contre la dengue, elle gère l’aide sociale à l’enfance, est en charge d’une partie de la gestion de l’eau, subventionne le cinéma, les associations, etc.

La question de l’identité :

Qui sommes-nous ? il est normal de se poser la question. Les femmes et les hommes se la posent à un moment ou un autre de leur existence.

Certains peinent à trouver la réponse. En Martinique, l’histoire coloniale et esclavagiste qui a précédé l’avènement de la Martinique en département français nourrit ce questionnement.

Ces dernières années, ce questionnement a pris la forme d’une demande de réparations pour l’esclavage. Certaines organisations territoriales, suivant en cela un mouvement international (dans lequel se retrouvent l’essayiste journaliste américain Ta Nehisi Coates, le CARICOM…) saisissent les juridictions nationales et portent plainte contre l’État. Le problème c’est qu’être français rend difficile, sinon impossible cette réparation. Les états indépendants réclament à leurs anciennes tutelles coloniales ces réparations, c’est le cas par exemple des états du CARICOM. Ils pourraient être fondés à soutenir que l’esclavage eut des conséquences néfastes sur leurs économies, leur environnement, etc. Les états africains seraient fondés à exiger réparation pour la perte de millions d’hommes et de femmes…mais le fait d’être français, semble compromettre l’issue d’une telle requête. D’abord parce qu’on pourrait considérer qu’une partie des politiques publiques mises en œuvre par l’État français, comme par exemple certaines politiques sociales dans une logique d’égalité réelle réclamée notamment par les partis de gauche (au point qu’un secrétariat d’État à l’égalité réelle a pu être créé en 2016, occupé par Ericka Bareigts, à la suite de la mission menée par Victorin Lurel, puis de la loi égalité réelle)  constituent une forme de réparation des conséquences toujours pérennes de la société esclavagiste. Ensuite parce qu’on pourrait exiger des plaignants qu’ils prouvent leur filiation exclusivement africaine.

Lutter contre les stigmates du fait colonial et esclavagiste dans notre société reste d’actualité évidemment. Cette lutte doit passer par des mesures politiques plutôt que par des postures idéologiques qui tablent sur le potentiel de révolte d’une société où les inégalités restent fortes et c’est évidemment ce contre quoi il faut lutter. Les inégalités.

Les inégalités dans notre société menacent son équilibre. Ces inégalités sont entre ceux qui ont accès aux fruits du système capitaliste/consommation et ceux à qui les politiques menées depuis 40 ans n’ont pas permis d’accéder à la liberté.
La CTM est un acteur incontournable de notre mieux-vivre et de notre LIBERTÉ.

Bien sûr, elle ne peut pas tout mais elle peut beaucoup. Mais au-delà des institutions et de leurs prérogatives, ce sont les hommes qui ont véritablement le pouvoir d’impulser, de dynamiser, de faire bouger, de mettre en mouvement.

Alors que la Martinique doit résoudre des équations difficiles, qui touchent à la vie quotidienne des gens, notre vie politique est tétanisée par une opposition stérile entre les forces historiques de notre paysage politique : le PPM, le MIM (la Droite ayant fait alliance avec le MIM a quasiment disparu du paysage politique où elle incarnait jusque dans le milieu des années 90 un pôle résolument attaché à la France, départementaliste). L’autonomie VS l’indépendance, même si ces mots d’ordre ne sont plus réellement mis en avant et ne semblent pas réellement guider l’action politique, sinon, comment interpréter les chiffres qui rendent compte de notre dépendance grandissante à l’égard de l’extérieur et de la France en particulier.

Et le moins que l’on puisse dire c’est que nous sommes loin d’être indépendants, voire autonomes, alors que nous aurions pu vouloir être autonomes ou indépendants ! Je veux parler du quotidien ! Avons-nous besoin de changer les textes pour être moins dépendants, plus autonomes ? Ce n’est pas ma conviction. Notre façon de nous percevoir est sans doute un frein.

Pragmatisme, réalisme, innovation, envie, désir, passion, volonté, justice sociale, équité, projet, concertation, partage, éthique…tels sont les valeurs, les notions, les mots qui sous-tendent cette contribution.

Se tourner vers l’avenir. Renouveler l’offre politique…

Changer notre logiciel, et notre vision de nous-mêmes : nous sommes grands, nous pouvons être libres, le ciel est la limite. Nous appartenons à un grand pays et un grand ensemble démocratique et solidaire.

Relever les défis du 21èmeavec confiance, en se donnant les moyens de notre réussite.

Éthique, valeurs, vision, action.

Les jeunes qui sont de plus en plus nombreux à partir sans revenir nous disent – alors même que nous n’entendons pas leur parole- de changer, de faire évoluer notre société.

Avec les réseaux sociaux, la parole énervée est de plus en plus forte, les affirmations les plus injurieuses ne trouvent parfois aucune réponse, parce qu’il règne comme une forme d’autocensure, une lassitude, un à quoi bon généralisé, parce que le débat public a laissé place à la culpabilisation, à l’attaque ad hominem, là où avait lieu l’échange, la controverse constructive, le débat.

Il est sans doute temps de restaurer le débat, l’échange, la discussion.

La Martinique peut se prévaloir de caractéristiques qui peuvent être des facteurs de succès : petit territoire, ancestralité à raviver, grande résilience des martiniquais, diaspora internationale, identité « rhizome » multiculturelle, appartenance à la Caraïbe,

Mais les facteurs de l’échec existent : manque de cohésion sociale, inégalités, rancœur liée au passé, monopoles.

La CTM : de larges pouvoirs dévolus par la loi

D’une autre perspective, il faut revenir à ce qu’est l’essence même de la Collectivité territoriale de la Martinique, une collectivité créée par la loi constitutionnelle du 28 mars 2003 relative à l’organisation décentralisée de la République. La décentralisation étant un mouvement continu des institutions depuis 1946, la loi de départementalisation et plus encore à partir des lois Defferre de adoptées à partir de 1982 qui organisent une nouvelle distribution du pouvoir entre État, régions, départements, communes.

La loi de 2003 a ouvert la voie à une première consultation référendaire le 3 décembre 2003 aux termes de laquelle la Guadeloupe et la Martinique ont rejeté le principe de la création d’une collectivité territoriale unique. Une seconde consultation le 10 janvier 2010 a rejeté la transformation de la Martinique en collectivité d’outre-mer (comme la Polynésie par exemple, régie par l’article 74 de la Constitution avec plus d’autonomie par rapport aux lois nationales). Une troisième le 24 janvier a approuvé la création d’une collectivité territoriale unique avec les pouvoirs rassemblés de l’ancien conseil général et l’ancien conseil régional.

Article 9 – L’article 73 de la Constitution est ainsi rédigé :
 » Art. 73. – Dans les départements et les régions d’outre-mer, les lois et règlements sont applicables de plein droit. Ils peuvent faire l’objet d’adaptations tenant aux caractéristiques et contraintes particulières de ces collectivités.
 » Ces adaptations peuvent être décidées par ces collectivités dans les matières où s’exercent leurs compétences et si elles y ont été habilitées par la loi.
 » Par dérogation au premier alinéa et pour tenir compte de leurs spécificités, les collectivités régies par le présent article peuvent être habilitées par la loi à fixer elles-mêmes les règles applicables sur leur territoire, dans un nombre limité de matières pouvant relever du domaine de la loi.
 » Ces règles ne peuvent porter sur la nationalité, les droits civiques, les garanties des libertés publiques, l’état et la capacité des personnes, l’organisation de la justice, le droit pénal, la procédure pénale, la politique étrangère, la défense, la sécurité et l’ordre publics, la monnaie, le crédit et les changes, ainsi que le droit électoral. Cette énumération pourra être précisée et complétée par une loi organique.

La loi n°2011-884 du 27 juillet 2011 modifie le Code général des collectivités territoriales. Ses articles L7211-1 à L72-112-1 organisent le fonctionnement et les attributions de la Collectivité territoriale de Martinique.

Article L7251-1- L’assemblée de Martinique règle par ses délibérations les affaires de la collectivité territoriale de Martinique.

Elle a compétence pour promouvoir la coopération régionale, le développement économique, social, sanitaire, culturel et scientifique de la Martinique et l’aménagement de son territoire et pour assurer la préservation de son identité, dans le respect de l’intégrité, de l’autonomie et des attributions des communes. Elle peut engager des actions complémentaires de celles de l’État, des communes et de leurs groupements et des établissements publics situés dans la collectivité territoriale.

Article L7252-1

L’assemblée de Martinique peut présenter au Premier ministre des propositions de modification ou d’adaptation des dispositions législatives ou réglementaires en vigueur ou en cours d’élaboration ainsi que toutes propositions relatives aux conditions du développement économique, social et culturel de la collectivité territoriale de Martinique.

Elle peut également faire au Premier ministre toutes remarques ou suggestions concernant le fonctionnement des services publics de l’État dans la collectivité.

Le Premier ministre accuse réception dans les quinze jours et fixe le délai dans lequel il apportera une réponse au fond.

Article L7252-3

L’assemblée de Martinique est consultée sur les propositions d’acte de l’Union européenne qui concernent la collectivité territoriale par le Gouvernement (…)

Elle peut adresser au Gouvernement des propositions pour l’application dans la collectivité territoriale des traités sur l’Union européenne et sur le fonctionnement de l’Union européenne. 

Article L7252-5. L’assemblée de Martinique est saisie pour avis par le représentant de l’État dans la collectivité territoriale, avant le 31 décembre de chaque année, des orientations générales de la programmation des aides de l’État au logement pour l’année suivante.

Ces orientations générales portent sur la répartition des aides par dispositif, d’une part, et la répartition des aides par bassin d’habitat, d’autre part.

Article L7253-4 Dans les domaines de compétence de la collectivité territoriale de Martinique, l’assemblée de Martinique peut, par délibération, demander aux autorités de la République d’autoriser le président du conseil exécutif à négocier, dans le respect des engagements internationaux de la République, des accords avec un ou plusieurs États, territoires ou organismes régionaux mentionnés à l’article L. 7253-3.

Lorsque cette autorisation est accordée, les autorités de la République sont, à leur demande, représentées à la négociation.

A l’issue de la négociation, le projet d’accord est soumis à la délibération de l’assemblée de Martinique pour acceptation. Les autorités de la République peuvent ensuite donner, sous réserve du respect des engagements internationaux de celle-ci, pouvoir au président du conseil exécutif de Martinique aux fins de signature de l’accord.

Article L7254-2

La collectivité territoriale de Martinique peut instituer une représentation, à caractère non diplomatique, auprès des institutions de l’Union européenne. Elle en informe le Gouvernement.

Article L7261-1

L’assemblée de Martinique exerce ses compétences dans les conditions prévues au titre Ier du livre II de la troisième partie et au titre II du livre II de la quatrième partie, dans la mesure où elles ne sont pas contraires aux dispositions de la présente partie. Elle contrôle le conseil exécutif dans les conditions prévues au chapitre V du titre II du présent livre.

On le voit, la loi définit de très larges attributions à la Collectivité territoriale de Martinique.

Au-delà de la coopération régionale qui fait l’objet du CHAPITRE III, Articles L7253-1 à L7253-10,ces attributions concourent théoriquement audéveloppement économique, social, sanitaire, culturel et scientifique de la Martinique et à l’aménagement de son territoire.

Il s’agit en outre d’assurer la préservation de son identité, dans le respect de l’intégrité, de l’autonomie et des attributions des communes. Les attributions sont larges, complexes, conjuguant les prérogatives dévolues à l’ancienne région et l’ancien département.

Pour agir la Collectivité Territoriale de la Martinique dispose d’une administration qui assure le service public et actionnent les politiques publiques s’inscrivant dans le cadre théorique législatif et réglementaire décrit ci-dessus.

Vaste palette d’actions qui ne nécessitent pas à ce stade de transformations législatives pour revendiquer plus de pouvoirs : le plus de pouvoirs est dans le texte.

L’argent non plus ne manque pas : le budget primitif (en crédits de paiement) pour 2020 voté en décembre 2019 par les élus de l’Assemblée de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM) s’élevait à 1,1 milliard d’euros, soit une augmentation de 1,7 % par rapport au budget primitif de 2019. Selon ce budget, les dépenses d’investissement s’élèveraient à 250 M€. La CTM emprunterait 70 M€, poste en progression de 40 % par rapport à 2019. Dans ce budget, les dépenses de fonctionnement représenteraient 77,55 % du budget total, soit 863,6 M€, en baisse de 0,33% par rapport à 2019.

AGIR…The sky, the limit…

Le monde, autour de nous : ouvrir nos antennes pour nous projeter.
L’exemple de Singapour

En février 2020, j’ai consacré ma chronique #cette semaine j’ai retenu, que je tiens avec plus ou moins de régularité depuis 7 ans à Singapour.

Cette petite île du Pacifique fait figure de modèle de développement pour tous ceux qui veulent comprendre comment un petit pays, voire une île peut se développer. Singapour est un petit état indépendant, deux fois moins grand que la Martinique. Avec ses 512 km2, ce pays est l’un des plus peuplé du monde 5.5 millions de personnes. Singapour est l’un des pays les plus prospères de la planète, où l’insécurité est quasi inexistante, l’un des endroits où les investisseurs n’ont pas peur d’investir. Ce petit territoire placé sur la route du commerce asiatique est une république qui reconnaît 5 langues officielles dont le PIB flirte avec les 300 milliards de dollars.

L’économie de Singapour repose sur trois grands secteurs :  i) les activités financières, d’assurance et de services aux entreprises (29% du PIB en 2019),  ii) les activités de commerce et de logistique (24% du PIB), iii) l’industrie manufacturière (21% du PIB), spécialisée dans l’électronique, le biomédical, l’ingénierie de précision et la chimie – dont pétrochimie. Singapour cherche aujourd’hui à s’établir en hub régional dans différents domaines d’avenir, notamment les fintechs, les technologies médicales et l’agrifood tech. (source https://www.tresor.economie.gouv.fr/)

Pourtant, en 1965, quand Singapour est chassé hors de la fédération des Etats Malais, tout laissait penser qu’une catastrophe s’ensuivrait.Pourquoi Singapour réussit ? Quels sont les facteurs clés de ce succès ? Est-ce un hasard ? Singapour faisait partie de la fédération de Malaisie, jusqu’en 1965, où elle a été « larguée ». Une main devant, une main derrière pour ainsi dire : tensions raciales, criminalité, gangs, corruption, éducation défaillante, manque de formation, zéro ressource naturelle.Même l’eau était un problème pour le nouvel état souverain. À un point tel qu’en 1962, il conclut un accord avec la Malaisie pour s’alimenter dans le fleuve Jahor. Pourtant, même ce handicap est devenu une opportunité… de développer l’innovation et la recherche. Singapour est passé maître dans les techniques de collecte d’eau de pluie, de traitement des eaux usées ou encore de désalinisation de l’eau de mer.

En 1965, Singapour était un minuscule pays sous développé, sans ressources naturelles et avec un seul atout apparent : une excellente position géographique. Le pays avait de graves problèmes : chômage, main d’œuvre mal éduquée, problèmes de logement. Les Britanniques en avaient fait un pays de réexportation à travers son port.

Le pays a fait le choix de tirer parti de sa situation géographique privilégiée en développant un port performant, hi-tech, capable de jouer le rôle de hub du sous-continent asiatique. Jamais tous ses œufs dans un même panier, Singapour s’est lancée dans un développement basé au moins sur deux piliers : assemblage électronique, ingénierie financière, tourisme…Pour écrire ma chronique, j’ai longuement discuté avec Hervé Bullot, un martiniquais installé à Singapour depuis huit ans, directeur marketing Asie, Moyen Orient et Afrique pour la marque Levi’s. Il m’explique que l’un des points forts de Singapour est sa taille et la croyance que cette petite taille est un facteur de succès. Autrement dit « Small is beautiful ». Il me confirme que Singapour a investi lourdement dans son éducation, au point que son système est considéré comme l’un des meilleurs du monde. Des bourses sont allouées aux écoliers les plus méritants pour qu’ils excellent dans leur domaine, et poursuivent des études dans leur pays ou à l’étranger. En échange, ils doivent consacrer au minimum dix ans de leur vie professionnelle à l’État singapourien.

Service public.

Le service public cherche à attirer les meilleurs et leur fait un pont d’or. Les services de l’État sont pourtant loin d’être pléthoriques pour rendre un service de qualité aux usagers, considéré comme le meilleur du monde dans de nombreux domaines : seuls 10% des salariés sont des fonctionnaires, sur une population de 5,4 millions d’habitants. Top en matière de santé, top en matière de transport, top en matière de services aux entreprises, où seulement quelques heures sont nécessaires pour créer une société alors qu’en France et en Martinique, il faut des jours, voire des semaines.

La compète ! L’humain est au centre de la politique et du succès de Singapour : l’humain dans ce qu’il a de plus performant et de compétitif. Les valeurs essentielles pour le patron, premier ministre visionnaire de Singapour, Lee Kuan Yew : l’entreprenariat, l’innovation, la compétitivité et le travail d’équipe, le management. C’est ainsi que Singapour a conçu l’immigration choisie comme un facteur de sa réussite. Ce qui l’intéresse ce sont les meilleurs et il va les chercher où qu’ils soient, sans aucun préjugé ethnique ou d’origine. Pa ni blan, pa ni nwè, ayen ki travay ! Seuls comptent les compétences et le mérite. Le travail est au cœur des valeurs des singapouriens.

Propriété de la terre À Singapour, la terre ne peut pas être privatisée : le sol appartient à l’État et les individus concluent un bail emphytéotique à 99 ans.

Grève interdite. L’autre facteur clé de la réussite de Singapour : le système politique. Dictature « éclairée », qui interdit la grève mais où les syndicats, très puissants participent à la politique sociale décidée par le gouvernement ;

Partant du principe que la sécurité est nécessaire à la prospérité, Singapour ne « joue » pas avec les délinquants et les criminels : la peine de mort culmine au sommet d’une échelle de peines qui prévient la délinquance, la criminalité et la corruption. Que vous menaciez ou commettiez un acte délictueux, vous risquez la même peine.Ainsi, une simple altercation comportant des menaces, même sans violences physiques, peut donner lieu à une amende ou une peine de prison. Toute agitation lors d’une interpellation par les forces de sécurité ou de police se traduit par une poursuite pour outrage. Il est interdit de fumer dans les lieux publics et…d’importer et de manger du chewing-gum.

No welfare state. Revers de la médaille. L’écart entre les revenus – salaires – patrimoine les plus élevés et les plus bas est grand. Autre revers de la médaille du point de vue des valeurs et standards français/ martiniquais : pas d’allocation familiale, pas d’allocation chômage, pas de RSA. À noter toutefois, que pendant le Covid, l’État a soutenu financièrement les entreprises et les citoyens. En 2018, les six universités de Singapour ont mis en place un cours intitulé : « Singapour : imaginer les 50 prochaines années »,témoin de cette propension de la cité nation à anticiper sa trajectoire, en l’occurrence avec ceux qui sont concernés par les politiques publiques qui seront déployées. Les dirigeants de la cité-état utilisent la méthode du design thinking, qui favorise l’innovation et s’appuie sur les retours des usagers et utilisateurs/citoyens du territoire. Pragmatisme et efficacité semblent guider les dirigeants singapouriens. C’est ainsi qu’historiquement, les dirigeants ont emprunté à la fois au capitalisme et au communisme pour développer in fine un modèle propre et unique.Le gouvernement a planifié des stratégies ambitieuses, puis exécuté brillamment.  Il a mis en place l’Economic Development Board (EDB) pour piloter l’industrialisation du pays. L’EDB a immédiatement lancé une politique industrielle très vigoureuse pour attirer les investissements directs depuis l’étranger et créer de l’emploi pour les Singapouriens.

Le pays s’est développé comme la plateforme financière de l’Asie. La crise du Covid a impacté sa croissance : on estime qu’il est entré en récession au cours du dernier trimestre 2020.Le pays dont la population vieillit est très dépendant des importations alimentaires.

Il ne s’agit bien évidemment pas de faire comme Singapour. Nous n’avons pas la même culture, ni la même histoire. Mais elle incarne une méthode, une vision politique et le fait que small est beautiful.

Société insulaire, la Martinique a subi toutes les affres de la globalisation, elle semble souffrir d’un manque de confiance, ainsi que d’un manque de vision de ses responsables politiques.

Les hommes politiques ont assuré pendant de longues années que la question institutionnelle était le préalable au développement, cette question a été tranchée en 2010 avec le vote par référendum de la population qui a choisi la collectivité territoriale unique avec le maintien dans l’article 73.

Le cadre institutionnel de 2020 n’a rien à voir avec ce qu’il était en 1946 et la doctrine de l’État français a considérablement évolué ces dernières décennies : décentralisation et déconcentration marquent les tendances institutionnelles. Outre-mer, il y a presqu’autant de statuts qu’il y a de collectivités ou de territoires.

Pourtant, ailleurs, dans le monde des sociétés ne se résignent pas au mal développement, des sociétés et des peuples tirent le meilleur parti de leurs atouts et de leurs capacités, sans peur, et sans filet.

Nous pouvons avoir les coudées franches par exemple pour assurer le développement culturel de la Martinique. Encore faut-il savoir ce que nous entendons et voulons en matière de culture. Voulons-nous que les petits martiniquais apprennent la musique (pas seulement à l’école), voulons-nous qu’ils sachent parler les autres langues de la Caraïbe ? Voulons-nous promouvoir des filières artistiques qui puissent déboucher sur des métiers … un enfant qui aura été au conservatoire dès l’âge de 5 ans et qui aura appris la danse ou la trompette, aura peut-être envie d’en faire son métier. Et pourquoi pas créer ou collaborer à des orchestres symphoniques en France, ou avec Cuba dans la Caraïbe ?

Pourquoi ne développons-nous pas la culture du risque dans toute la société martiniquaise depuis la maternelle, de sorte que nos jeunes, en tout cas certains puissent avoir l’idée de devenir sismologue, vulcanologue, spécialiste des tsunamis…et que sais-je encore, à l’heure où la vigilance jaune de la Montagne Pelée, vient nous rappeler que nous vivons sur une île volcanique, qui ne fait pas de nous que des enfants du volcan !

Pour défendre les intérêts Martiniquais – à condition de les identifier- pourquoi ne pas avoir un bureau de représentation à Bruxelles comme d’autres régions, ou même pourquoi n’être plus représenté à l’ARUP, l’association des régions ultrapériphériques dont sont membres la Région Guadeloupe, la Collectivité territoriale de Guyane, la collectivité d’outre-mer de Saint-Martin et le Conseil Départemental de Mayotte, à côté des interprofessions et autres chambres consulaires, regroupés au sein d’EURODOM, lobbyiste reconnu par Bruxelles ?

En matière économique : comment mieux accompagner les entreprises dans leurs réponses aux appels d’offres européens pour l’attribution des fonds structurels ? 850 millions d’euros pour le dernier Programme Opérationnel 2014- 2020. Autant de questions dont les réponses – du moins en partie – se situent parfois à Cluny.

La CTM est chef de file du développement économique en Martinique. Cela signifie qu’elle a un pouvoir d’actionner des outils qui auront un effet levier. Par exemple, en matière de gestion de fonds européens, elle est autorité de gestion. Quand elle n’a que 250 millions de budget d’investissement à elle seule, en face, elle peut permettre de « lever » 850 millions de fonds structurels.

Sa parole, son statut pèse. Si la CTM supporte un projet, si elle veut faire, elle peut faire. Si elle ne veut pas, elle ne fait pas et ça ne se fait pas.

C’est pourquoi elle doit avoir un plan, une vision pour le territoire à 5, 10, voire 20 ans, et agir. Avec une évaluation et une communication réelle sur les réalisations et l’évaluation.

Un idéal : une Martinique libre, fière et solidaire

Souveraineté alimentaire, réduction de nos dépendances évidemment, développement économique, transition énergétique, préparation et réponses au changement climatique. Mais aussi développement touristique autour de filières à forte valeur ajoutée : le rhum évidemment, le cacao, le patrimoine, la culture, l’artisanat autour de pôles géographiques tel Saint-Pierre, ville d’Art et d’histoire qui mériterait de forts investissements pour développer tout à fait son potentiel.

Et bien sûr, on attend de la CTM qu’elle se trouve aux côtés de l’État dans la mise en œuvre du plan de relance d’après Covid.

Pour ma part, je n’entends pas ici dresser un catalogue des mesures qu’il faudrait mener, mais plutôt esquisser quelques pistes, qui procéderaient d’une volonté de la CTM de mettre les Martiniquaises et les Martiniquais au cœur de l’action en les rendant destinataires d’un véritable service public.

La mobilité devrait être le dossier prioritaire de la prochaine mandature de la CTM. 

 La CTM peut réduire la fracture de mobilité qui constitue une des premières inégalités.

La CTM doit résolument tendre vers une politique résolument écologique, s'inscrivant avec force dans les orientations définies aux niveaux national et européen : comment accompagner les entreprises, les associations, les collectivités dans cette voie ? Énergies renouvelables, économie sociale et solidaire, circuits courts.
Au-delà, comment répondre à Sylviane, à Bruno, à Lara, ces martinquais.es. que j’ai évoqués au début de mon texte ? Comment répondre à leurs enfants et à leurs parents ?

Les femmes

Quand on pense à elles, qu’on cherche à changer la vie, on agit pour le progrès.

Les femmes sont à la tête d’une large majorité de familles monoparentales.

La mobilité : quand on permet aux personnes de mieux se déplacer chez nous, on sait qu’on cible d’abord les femmes, âgées ou pas. Ce sont les premières gagnantes d’une politique de mobilité efficace.

Cette mobilité libérée sera bien entendu aussi profitable aux personnes âgées et aux personnes au chômage.
je suis favorable à une politique de gratuité ou d’un ticket réduit pour les personnes en situation difficile.

Bruno au chômage ne doit pas payer le transport. Parce que même s’il lui est remboursé, cela prend trop de temps.

Un système de transport couvrant le territoire, transport maritime, à faible coût.

Généraliser un service de transport performant. Le ticket coûte cher à la collectivité mais c’est la solidarité territoriale qui doit permettre aux plus humbles (30% de pauvreté, 53 000 chômeurs) d’avoir accès à un transport à coût réduit.

Emploi et femmes :

Idée : Aider les femmes à être autonomes…favoriser et soutenir les crèches d’entreprises

Les enfants

Les enfants et les jeunes doivent être réellement au cœur des préoccupations des adultes.

À la rentrée scolaire 2019 / 2020, 70 655 élèves (écoliers, collégiens et lycéens), sont inscrits. C’est une baisse de 2102 élèves par rapport à la précédente rentrée.

Les élèves sont au nombre de 33 975 dans le premier degré et 36 680 dans le second degré. Ils sont répartis dans 339 établissements publics et privés (253 écoles, 54 collèges et 32 lycées).

Les enseignants : 6 317 (dont 2804 professeurs des écoles, 2808 professeurs de lycées et collèges).

Le taux de réussite au Diplôme National du Brevet est de 87,8% et de 85,5% au baccalauréat lors de l’année scolaire précédente. »

Idée : Devoirs faits: la CTM devrait soutenir avec l’Éducation nationale et les commune (via les CCAS) un dispositif de devoirs faits, un système d’études après l’école qui permette d’encadrer les enfants et aux parents de venir les chercher sans stress. Ce système est profitable aux femmes et aux enfants évidemment.

Le multilinguisme : les petits martiniquais devraient pouvoir s’ils le veulent être multilingues. Non seulement, ils habitent une région où l’on parle anglais, espagnol, créole en plus du français, mais la population de la Martinique elle-même change. Les allophones, comme on dit sont de plus en plus nombreux. Il s’agit d’intégrer ces nouvelles populations tout en s’enrichissant de leur apport. La CTM peut être partenaire d’un plan « écoles caribéenne ».

Le dispositif ÉCOLIER ÉCOLO…Risque sismique, risque volcanique, risque cyclonique, tsunami, érosion… la Martinique est terre de risques, pourquoi nos enfants ne seraient-ils pas encouragés à connaître ces risques, un peu mieux que les autres enfants, dont le territoire est moins exposé que le nôtre ? Non pas seulement parce qu’ils participeraient aux journées Réplik ou à quelque exercice de prévention, mais parce que cette connaissance pourrait encourager des vocations, des filières ? Pourquoi le directrice ou la directeur de l’Observatoire Volcanologique et Sismologique de la Martinique ne serait-elle/ il pas un.e martiniquais.e ? Pourquoi ne deviendraient-ils pas les experts en matière de risques naturels et de climat ?

Création d’une bourse écolo écolier pour soutenir les vocations orientées vers l’ingénierie du risque.
La famille, la santé…

La CTM ne fait pas que construire des routes, ce qui reste important en Martinique, il lui revient par exemple de lutter contre l’aedes egypti vecteur de la dengue à côté ou avec l’ARS, l’agence régionale de Santé. A l’époque du Conseil Général, le Docteur André Yébakima dirigeait ce service très actif en matière de démoustication. Aujourd’hui, la responsabilité en revient à la CTM et à l’État. Sur son site internet, par exemple, on peut lire « la CTM mène au quotidien une véritable stratégie de lutte contre les moustiques. Une expertise unique qui participe à l’amélioration de la santé et du cadre de vie en Martinique au sein d’un partenariat avec l’Agence Régionale de Santé. » Nous ne doutons pas qu’elle agit, mais nous voudrions que la lutte contre le moustique soit érigée en priorité parmi les priorités parce que la dengue cause des dizaines de décès (moins médiatiques que le Covid 19), des milliers d’heures de travail perdues et des séquelles qui peuvent être relativement invalidantes.

Le décret n° 2019-258 du 29 mars 2019 relatif à la prévention des maladies vectorielles doit être appliqué, et l’organisation des tâches doit être définie pour l’avenir même si « par dérogation, en Guyane et en Martinique, les dispositions relatives à la surveillance entomologique des insectes vecteurs et l’intervention autour des nouvelles implantations ainsi que les mesures en matière de prospection, traitement et travaux autour des lieux fréquentés par les cas humains signalés afin de limiter la propagation des maladies vectorielles à risque épidémique entrent en vigueur le 1er janvier 2023, délai nécessaire pour redéfinir l’articulation des actions menées par les agences régionales de santé et les collectivités territoriales concernées, compte tenu de l’organisation spécifique dans ces territoires. »

Dans ce domaine, comme dans d’autres, la CTM doit être à l’initiative, en tout cas un interlocuteur incontournable de l’État, pour coproduire les politiques publiques intéressant la Martinique.

Aider les associations qui aident à la parentalité :

Notre tissu social est caractérisé par la monoparentalité. Les femmes se retrouvent souvent seules à devoir assumer les charges familiales. Les ressources de ces familles sont souvent modestes et les mères de famille doivent assumer les charges financières, mais aussi morales et psychologiques corrélatives de l’éducation des enfants. C’est difficile d’y faire face, seules et notamment à l’adolescence, où les jeunes sont « pris en charge », par le groupe, et parfois par les mauvais conseils. Au bout, souvent se trouve la drogue, la dépendance, et l’addiction. Le travail réalisé par les associations est phénoménal, mais nous devrions pouvoir recréer l’encadrement ou l’aide que la famille telle que nous la connaissions du temps de nos grands-parents assurait.

Les jeunes

Lutter contre le chômage, la délinquance et la toxicomanie. Les prisonniers de Ducos ne sont pas suffisamment formés. Aucune insertion n’est possible sans cela. La CTM peut financer la formation de ces personnes et aider à leur réinsertion. De même pour les SDF : la CTM doit soutenir avec vigueur les associations qui accueillent ces personnes. Une telle politique menée avec les villes (Fort-de-France notamment) et l’État aurait en plus l’avantage de réduire le sentiment d’insécurité qui pèse sur la fréquentation de la capitale.

La maladie mentale qui touche notamment les jeunes est mal prise en charge en Martinique. La CTM, aux côtés de L’ARS doit se saisir de cette question.

 La formation : Avec la digitalisation, nous pouvons être une terre d’excellence dans de nombreux domaines, et notamment les nouvelles technologies à l’image du Lycée Victor Anicet de Saint-Pierre, spécialisé en arts graphiques.

S’appuyer sur nos richesses : soutenir le développement d’une filière autour de notre pharmacopée martiniquaise : former les jeunes et moins jeunes sur les vertus des plantes médicinales, et au-delà soutenir une véritable filière économique.

Culture + éducation+ formation

Que tous les enfants aient la possibilité de pratiquer un instrument. Un conservatoire territorial avec des antennes locales dans le nord atlantique, nord Caraïbe, Sud, et centre. Un Musée d’arts contemporain ouvert à tous. L’exigüité de notre territoire ne doit pas être un frein. La Martinique, terre de création artistique devrait devenir une référence en matière de formation (cf Cuba)

Le sport

Se doter d’un plan Champion : détection, équipement, accompagnement des jeunes dans la pratique du sport.

Nos sportifs ont fait les belles heures des équipes de France en tout genre… pourquoi n’ambitionnons-nous pas de renouer avec l’esprit de gagne collectivement ?! Le potentiel d’exemplarité pour la jeunesse est énorme.

Par ailleurs, il faut aider à la pratique du sport : les parcours santé se généralisent, ce qui est une bonne chose. Il faut accompagner les communes dans la mise en œuvre de ces infrastructures.

La création de pistes cyclables/ piétons protégées non seulement dans les zones naturelles, mais aussi sur certains axes routiers pour encourager les autres modes de déplacements courts. La trottinette électrique, le vélo, les piétons notamment les plus jeunes devraient pouvoir circuler en sécurité.

Les moyens

Une autre gouvernance, une gouvernance démocratique : l’assemblée et l’exécutif. Revenir à l’esprit de la loi de 2011. Pas d’exercice autocratique du pouvoir. Collégialité, revenir au dialogue, promouvoir résolument l’exercice de la démocratie. Respecter les élus. Militer pour une culture démocratique partagée et commune.

Exemplarité des dirigeants. Respect, courtoisie, vivre ensemble. Éthique et valeurs. Sans aller jusqu’au changement par la loi, il faut garantir une bonne information de la minorité politique à la CTM et le respect de ses droits.

Peut-être faut-il baisser le nombre de signatures pour déclencher une motion de défiance envers le président. Nul n’est au-dessus de la loi.

La culture démocratique : la CTM doit encourager le pluralisme. Militer pour un service public de télévision ouvert à toutes les composantes et à la diversité.

Un autre management : faire confiance aux hommes. La CTM est une collectivité trop centrale pour toutes les questions qui touchent à notre vie quotidienne, pour ne pas être managée… responsabiliser, faire confiance aux fonctionnaires territoriaux… mise au placard, ne pas sanctionner les divergences politiques, stopper la kakistocratie, valoriser les compétences, faire confiance, manager réellement…Les fonctionnaires de la collectivité sont des personnes de bonne volonté. J’en connais beaucoup qui sont tristes de ne pas pouvoir être plus agissants pour leur communauté.

Un climat social apaisé : relancer le dialogue social, lancer une consultation et un contrat social avec les organisations syndicales et patronales pour une « trêve »…les assises sociales martiniquaises avec les partenaires… l’État, les syndicats de salariés et patronales.

Le pouvoir d’habilitation : la loi n° 2015-1268 du 14 octobre 2015 d’actualisation du droit des outre-mer habilite la CTM à adapter les dispositions législatives. Pour l’heure ce pouvoir a été mis en œuvre pour le transport et l’énergie. Cet outil d’un maniement certes difficile offre néanmoins des possibilités d’action « autonome » à la CTM. Ainsi, en matière sociale, l’habilitation pourrait être utilisée.

La fiscalité, l’octroi de mer : vieux serpent de mer, le « poids du roi, » ou « droit des poids » (1670) est régulièrement sur la sellette, notamment parce que cette taxe qui frappe les biens et les marchandises est dans le collimateur de la Commission européenne, qui y voit une distorsion à la libre concurrence. La CTM peut proposer des taux différents pour appuyer, accompagner des politiques publiques.

Les moyens financiers : dans le prochain PO (programme opérationnel) de l’Union Européenne 2021-2027, les 9 RUP font l’objet d’une attention particulière : 675 millions d’euros sont budgétisés pour le POSEI (programmes d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité – la question de la répartition financière entre cultures traditionnelles canne- banane et cultures de diversification n’est pas réglée-) ; 315 millions pour la pêche ; 270 millions pour Interreg, un nouvel instrument de garantie des investissements est mis en place (Invest EU)… Europe Numérique, Life… les priorités définies à l’échelle Européenne et déclinées au niveau territorial sur la base des remontées des territoires eux-mêmes, s’accompagnent de budgets colossaux au seul niveau européen (on ne parle pas là, des fonds nationaux, comme par exemple ceux du Plan de relance). Autrement dit, les moyens financiers existent, ils sont les instruments sonnants et trébuchants au service d’une volonté et d’une méthode.

CONCLUSION

Urgence démocratique, participation, réenchantement du politique…tout ceci est prioritaire !  Pour le premier tour de l’élection de la première Collectivité Territoriale de Martinique le 15 décembre 2015 sur 310 117 inscrits, 182 402 n’ont pas voté. Soit 41.18% de votants seulement pour élire le « Président et l’assemblée » de la Martinique. Au second tour, la participation a progressé à 52.38 %. La coalition victorieuse MIM-RDM-Palima-PCM a été élue avec 83 541 voix soit 54.14 % des exprimés mais seulement 26.91% des inscrits. Un peu plus du quart.

L’abstention lors des dernières municipales a sans doute été boostée par le Covid 19, mais pas que. Même cette élection qui reste populaire (bien plus populaire que les Européennes qui atteignent 85% d’abstention) connaît une désaffection croissante au point que le maire de FORT de France a été élu par 15.97% des inscrits représentant néanmoins 67.44% des exprimés. Que le maire du Prêcheur a été élu par 541 voix soit 36.75% des inscrits alors même qu’il était l’unique candidat. Que le maire de Rivière- Pilote, élu au second tour, a été choisi par 1951 votants sur 5735 exprimés mais sur 10 970 inscrits, soit 17.78% du total des personnes qui auraient pu voter. 17.78…et ainsi de suite.

L’élection appartient aux votants. Évidemment ! Mais les abstentionnistes sont des votants par défaut. Ils votent pour les élus, alors même qu’ils ne se sont pas déplacés dans l’isoloir. Ils n’ont pas envie, ça ne leur dit rien, les politiques sont tous pareils. Ils ne s’intéressent qu’à eux.

L’offre politique serait telle que les acheteurs n’iraient pas au magasin voir ce qu’on leur propose, les acheteurs, ne se déplacent plus alors qu’ils sont les premiers à tendre leur CB lors des Black Friday ! La vérité c’est que c’est difficile de choisir si l’offre ne répond pas aux attentes.

La vérité c’est qu’une partie des hommes politiques a renoncé à s’adresser aux personnes qui auraient le plus besoin qu’on leur parle et qu’on les écoute. Les martiniquaises et martiniquais du début de cet ouvrage, Sylviane, Bruno, Lara.

Comment s’adresser en effet aux 53 000 chômeurs martiniquais, que dire aux 30% de martiniquais qui vivent sous le seuil de pauvreté, comment redonner confiance aux mères de famille qui continuent d’attendre sous l’abri bus, etc.

Un projet et une gouvernance… la CTM doit être un pilote, un animateur du dynamisme des acteurs, avec une vision claire et une méthode. La méthode devra faire la différence.

Par bonne gouvernance pour la CTM, j’entends :

1 : définir préalablement nos objectifs et nos priorités à moyen et long termes, qui correspondent aux besoins de la Martinique (la vision)

2 : mettre en œuvre efficacement les ressources à notre disposition pour parvenir à ces objectifs (optimisation des politiques publiques/budgets)

3 : enfin, au cœur de la bonne gouvernance, figure la définition de notre méthode de travail collectif qui s’articule à la fois au plan administratif par un management moderne et efficace et au plan politique par un fonctionnement éthique et démocratique.

Avoir envie non pas pour soi, pour les postes, mais pour le collectif, la communauté, les enfants, l’avenir. Avoir envie de Martinique.

Enfin, le leader, ou la leader devra se défier de tomber dans le travers naturel du leadership : la croyance en sa toute-puissance, l’omniscience, la tentation d’exercer seul le pouvoir, ou avec un petit groupe de supporters acquis à la cause, parfois trop « flatteurs », pas assez critiques.

Le leader doit accepter les voix discordantes, les conseillers qui ne vont pas dans le sens du vent (c’est d’ailleurs à cela qu’on reconnaît les bons conseillers). L’organisation du groupe de commande doit donc intégrer des mécanismes de contre-pouvoir naturel. La sagesse et l’expérience l’imposent si l’on souhaite réellement faire changer la Martinique.

L’équipe dirigeante devra trouver le mode d’organisation pour un véritable dialogue en continu avec le pays réel, être sûr de répondre aux besoins, à l’écoute des solutions qui s’élaborent au contact de la réalité et dans la vie quotidienne. Une forme de démocratie du dialogue qui ne tomberait jamais dans une dictature populaire (même cette dictature-la, ne me paraît pas souhaitable), mais permettrait d’évaluer les politiques menées et de les enrichir.

Barbara JEAN-ELIE (février 2021)

crédit photo @Patrick BAUDIN.

 

 

 

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