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#Cette semaine j’ai retenu 52

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Nation. Ai lu avec intérêt la tribune de Francis Carole qui écrit « la Nation martiniquaise n’est pas ethniquement homogène (…). Elle est constituée, entre autres, d’Afrodescendant.e.s et d’Indodescendant.e.s qui se sont souvent retrouvé.e.s ensemble dans les révoltes et luttes sociales qui ont marqué notre histoire. »
Quid des descendants des colons qui sont parfois les cousins des afro-descendants ou des indodescendants ?
Les deux critères sont-ils cumulatifs ? Être afro ou indo descendant et avoir participé aux révoltes sociales ou seulement l’un suffit ?
Réduire la nation martiniquaise à un ensemble de personnes plus ou moins similaires du point de vue de leur taux de mélanine, est un peu bizarre et étrange…Dangereux ?
Il serait intéressant de savoir comment F. Carole envisage la place des békés dans une Martinique indépendante. Et la place des métros qui y vivent depuis longtemps. En tout cas ce sera une question concrète à se poser le cas échéant.
Relire la trajectoire de la Nouvelle-Calédonie sur le chemin de l’autodétermination et le processus de décolonisation engagé après les événements des années 80…la question du corps électoral (qui a le droit de voter) est essentielle.
Valeur : « ce qui est posé comme vrai, beau, bien d’un point de vue personnel ou selon les critères d’une société et qui est donné comme un idéal à atteindre, comme quelque chose à défendre. », telle est la définition du mot par le dictionnaire Larousse en ligne.
Quelles sont nos valeurs en tant que communauté faisant société ? Sommes-nous démocrates avant que d’être nationalistes ? Sommes-nous afro-centristes, africanistes (certains disent « noiristes »), sommes-nous des libéraux ? défendons-nous les libertés individuelles ? le droit, la solidarité ? le respect de la vie, la paix, la religion… ?
Parler de la société, du peuple ou de la nation martiniquaise sans avoir répondu à ces questions est problématique.
Ne pas inclure une partie de la communauté, du peuple, de la nation martiniquaise (actuelle) est une réponse à la question des valeurs. Dont acte.
Démocratie. Parmi ces valeurs essentielles du point de vue de la compréhension de ce que serait en pratique l’exercice de la souveraineté, figure celle de la forme de gouvernement que l’on choisit. Elle conditionne l’exercice du pouvoir. Les nations font des choix différents : dictature, anarchie, république, oligarchie, monarchie, théocratie … tout est possible.
Comment s’exercerait le pouvoir dans une Martinique souveraine ? Question fondamentale à laquelle les nationalistes devraient répondre s’ils veulent convaincre. Nous sommes dans la pratique et le concret. Au cœur de la question de la souveraineté. Pour ma part, j’opte pour la république démocratique.
Souveraineté. « Autorité suprême, caractère d’un état qui n’est soumis à aucun autre état. »
Est-ce que la France, 6ème puissance économique mondiale est souveraine quand elle se révèle incapable de fournir des masques à sa population au début de la crise sanitaire du Covid 19 ? Est-ce que le Brésil, pays de 210 millions d’habitants est souverain quand il laisse mourir 100 000 brésiliens, le plus souvent noirs et pauvres (ce qui va souvent ensemble dans ce pays 16, 5 fois plus grand que la France ?) au cours de la crise sanitaire ?
J’aime beaucoup citer Jean-Marie Tjibaou, le kanak, leader du FLNKS (assassiné en 1989) sage parmi les sages, qui disait : « l’indépendance c’est négocier les interdépendances ».
Tout projet d’indépendance devrait passer par une projection de ce que seraient ces interdépendances.
De façon tout à fait concrète, cela passe nécessairement par des choix économiques : quelles productions ? quelles exportations ? quel système : capitaliste, communiste, nationalisations, privatisations ? la politique monétaire et financière : quelle monnaie ? quelle parité ? ; le service public : combien de fonctionnaires ? pour quels services… l’eau, les transports, la santé, l’hôpital, quel système de retraites … répartition, capitalisation ?… la justice : quels droits…propriété ? échelle des peines (peine de mort ou pas ?), désignation et indépendance des juges, légalisation des drogues…lutte contre les trafics, la corruption… ; l’éducation, les relations internationales (multilatérales, bilatérales, relations avec la France, relations avec l’UE, relations avec les Chinois, les Américains…)
Bref, autant de questions concrètes qui ne se résument pas à des débats théoriques sur la souveraineté culturelle à l’occasion du déboulonnage de statues qui réfèrent à l’esclavage et la colonisation.
Quelles sont les réponses à ces questions ? Les donner c’est avancer sur le chemin de l’autodétermination ou… ne pas avancer…en tout cas y voir plus clair.
Sinon, la crise est vraiment là. Cette discussion samedi soir avec un restaurateur du Diamant. Jeune martiniquais d’une trentaine d’années, qui tient bon vaillamment, et reste ouvert pour accueillir les clients. Rares. Très rares : 4 couverts un samedi soir en août. Pas de touristes étrangers, pas de clientèle de vacanciers martiniquais… Il a 2 employés, paie un loyer de 1500 euros mensuels. A reçu l’aide de 1500 euros de l’État, attend celle de la CTM qui ne devrait pas tarder, courbe l’échine en attendant des jours meilleurs… pas sûr qu’ils soient pour demain avec ce coronavirus. Comment va-t-il affronter la crise ?
Re-sinon, me dis que c’est plus facile de traverser la crise pour ceux qui sont assurés d’avoir leur salaire à la fin du mois, parce qu’ils travaillent pour l’État ou les collectivités publiques.
Quelle place pour l’entreprise privée, ses salariés et ses patrons dans une Martinique indépendante ? Autre question concrète…
Bonne semaine
Barbara Jean-Elie (09082020)
photos : Cap 110 Diamant. oeuvre monumentale de Laurent Valère.

 

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