DIASPORAMIX
A la une Amériques Débats Headline Politique Société

#Cette semaine j’ai retenu 53

# Cette semaine j’ai retenu 53

Édouard. Le décès d’Edouard Delépine. Il est allé rejoindre Edouard Jean-Élie, son ami, dans le grand cosmos. Ai lu quelques hommages à Édouard, je retiens pour ma part qu’avec lui s’éteint une génération d’hommes pour qui le dialogue était sans doute plus important que les convictions les plus fondamentales et l’idéologie. Je retiens aussi de lui, un peu comme pour Rodolphe Désiré (l’ancien maire du Marin, ancien militant de l’OJAM en 1962, emprisonné à Fresnes, ancien sénateur), militant anticolonialiste marxiste, que l’action politique est au service d’une vision pour son territoire. Voilà, le temps passe…RIP Edouard. The sky, the limit.

Covid. Au Brésil, le cacique Aritana de la tribu Yawalapiti, fervent opposant à la déforestation, est mort après 15 jours de lutte contre le covid 19. Le combat ne s’arrête pas contre les massacreurs de la terre.

Autodétermination

La Nouvelle-Calédonie va voter le 4 octobre 2020. Le référendum prévu initialement le 6 septembre a finalement été repoussé par le comité des signataires. Les Calédoniens ont voté le 4 novembre 2018. Ils devaient répondre à une question simple : « voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? »

Ils ont répondu « non » à 56,4%. Le « oui » a obtenu 43,6% des suffrages.

Le processus en cours en Nouvelle-Calédonie a été engagé depuis plus de 30 ans. Après les événements des années 80 qui ont culminé avec l’assassinat du leader indépendantiste Jean-Marie Tjibaou le 4 mai 1989, les calédoniens dans la totalité de leurs composantes se sont engagés dans un processus qui pourrait aboutir à l’indépendance… ou pas.

Les kanaks, les caldoches et l’État se sont mis autour d’une table pour envisager la décolonisation et l’autodétermination du territoire. D’abord les accords de Matignon en 1988, puis les accords de Nouméa en 1998, ont balisé ce chemin.

Pas moins de trois référendums pourraient être organisés pour l’indépendance. Le comité des signataires est l’instance qui supervise l’ensemble des opérations liées à ce processus. Il est composé du RPCR (pour le maintien dans la République Française), le FLNKS (pour l’indépendance) et l’État. Découlant de l’accord de Matignon, il y eut d’abord une phase de “empowerment” des kanaks, avec notamment l’opération des 400 cadres…développement économique, culturel, social, il s’agissait de rétablir un équilibre entre les communautés.

En 1998, un nouvel accord, l’accord de Nouméa organise le transfert progressif et irréversible de compétences et responsabilités au territoire. Un référendum est prévu en 2018. La constitution est révisée en 1999 : elle crée un statut spécifique pour la Nouvelle-Calédonie.

La composition du corps électoral a été âprement discutée et négociée et a encore suscité de vives tensions lors d’un comité des signataires en octobre 2019. Un système complexe – avec trois collèges – intègre finalement les électeurs qui vivent ou non sur le territoire.

 

Ce que je retiens de l’exemple calédonien : 
1) l’indépendance est un processus (long) qui doit et peut découler d’un dialogue entre les composantes d’un territoire qui doivent apprendre à s’écouter et à se faire confiance (au moins pour organiser ce dialogue) ; 

2) elle suppose une vision économique, sociale, culturelle, juridique et un plan d’action économique, social, juridique et culturel pour s’assurer de la sortie du processus ; 

3) les partis politiques ont à charge d’expliquer leur projet (pour convaincre dans un sens ou l’autre) et de démontrer leur capacité à gérer le processus et la sortie du processus, ainsi que le territoire lui-même; 

4) elle suppose que toutes les parties acceptent les règles du jeu, en l’occurrence les règles démocratiques.
Les résultats du référendum du 4 novembre 2018. 
Votants : 141 099 Bulletins 
Blancs : 1 023 Bulletins 
Nuls : 1 143 
Suffrages exprimés : 138 933 
Ont obtenu :  Oui : 60 199     Non : 78 734  
(Source : Journal officiel du 7 novembre 2018)
Singapour

Comment un aussi petit pays de 724 km2 (un peu plus grand que la moitié de la Martinique) est-il parvenu à se hisser sur le podium des nations les plus prospères, les plus sures, les plus florissantes du monde ? Planification urbaine, capitalisme d’état, dictature « bienveillante », croissance démographique exponentielle entre 1947 et aujourd’hui : passant de moins de 1 000 000 d’habitants à 5,4 millions. Urbanisation moderne, services d’excellente qualité…. Singapour c’est tout ça.

Quels sont les facteurs de sa réussite ? Comment ce pays a- t-il surmonté ses handicaps ou ce qui aurait pu être considéré comme des handicaps pour les transformer en opportunités ? Quels choix a-t-il opérés qui allaient parfois à l’encontre de sa culture, de sa mentalité, de sa personnalité collective pour atteindre ses objectifs ? Quels sacrifices s’est-il imposé ?

lire aussi ceci sur www.diasporamix.com

Singapour faisait partie de la fédération de Malaisie, jusqu’en 1965, où elle a été « larguée ». Une main devant, une main derrière pour ainsi dire : tensions raciales, criminalité, gangs, corruption, éducation défaillante, manque de formation, zéro ressource naturelle.

Même l’eau était un problème pour le nouvel état souverain. À un point tel qu’en 1962, il conclut un accord avec la Malaisie pour s’alimenter dans le fleuve Jahor. Pourtant, même ce handicap est devenu une opportunité… de développer l’innovation et la recherche. Singapour est passé maître dans les techniques de collecte d’eau de pluie, de traitement des eaux usées ou encore de désalinisation de l’eau de mer.

En 1965, à l’indépendance, Singapour était pauvre et déjà sans ressources, mais le pays a fait le choix de tirer parti de sa situation géographique privilégiée en développant un port performant, hi-tech, capable de jouer le rôle de hub du sous-continent asiatique. Jamais tous ses œufs dans une même panier, Singapour s’est lancée dans un développement basé au moins sur deux piliers : assemblage électronique, ingénierie financière, tourisme…

Ai discuté longuement avec Hervé Bullot, un martiniquais installé à Singapour depuis sept ans, directeur marketing Asie, Moyen Orient et Afrique pour la marque Levi’s. Il m’explique que l’un des points forts de Singapour est sa taille et la croyance que cette petite taille est un facteur de succès. Autrement dit « Small is beautiful ».

Éducation. Il me confirme que Singapour a investi lourdement dans son éducation, au point que son système est considéré comme l’un des meilleurs du monde.Des bourses sont allouées aux écoliers les plus méritants pour qu’ils excellent dans leur domaine, et poursuivent des études dans leur pays ou à l’étranger. En échange, ils doivent consacrer au minimum dix ans de leur vie professionnelle à l’État singapourien.

Service public. Le service public cherche à attirer les meilleurs et leur fait un pont d’or.Les services de l’État sont pourtant loin d’être pléthoriques pour rendre un service de qualité aux usagers, considéré comme le meilleur du monde dans de nombreux domaines : seuls 10% des salariés sont des fonctionnaires, sur une population de 5,4 millions d’habitants. Top en matière de santé, top en matière de transport, top en matière de services aux entreprises, où seulement quelques heures sont nécessaires pour créer une société alors qu’en France et en Martinique, il faut des jours, voire des semaines.

La compète ! L’humain est au centre de la politique et du succès de Singapour : l’humain dans ce qu’il a de plus performant et de compétitif. Les valeurs essentielles pour le patron, premier ministre visionnaire de Singapour, Lee Kuan Yew : l’entreprenariat, l’innovation, la compétitivité et le travail d’équipe, le management. C’est ainsi que Singapour a conçu l’immigration choisie comme un facteur de sa réussite. Ce qui l’intéresse ce sont les meilleurs et il va les chercher où qu’ils soient, sans aucun préjugé ethnique ou d’origine. Pa ni blan, pa ni nwè, ayen ki travay ! Seuls comptent les compétences et le mérite. Le travail est au cœur des valeurs des singapouriens.

No property, no strike...Propriété du sol et grève.

À Singapour, la terre ne peut pas être privatisée : le sol appartient à l’État et les individus concluent un bail emphytéotique à 99 ans.Grève interdite.

L’autre facteur clé de la réussite de Singapour : le système politique. Dictature « éclairée », qui interdit la grève mais où les syndicats, très puissants participent à la politique sociale décidée par le gouvernement.
Pa ni jé

Partant du principe que la sécurité est nécessaire à la prospérité et aux affaires, Singapour ne « joue » pas avec les délinquants et les criminels : la peine de mort culmine au sommet d’une échelle de peines qui veut prévenir la délinquance, la criminalité et la corruption. Que vous menaciez ou commettiez un acte délictueux, vous risquez la même peine. Ainsi, une simple altercation comportant des menaces, même sans violences physiques, peut donner lieu à une amende ou une peine de prison.

Toute agitation lors d’une interpellation par les forces de sécurité ou de police se traduit par une poursuite pour outrage. Il est interdit de fumer dans les lieux publics et…d’importer et de manger du chewing-gum.

No welfare state. Revers de la médaille : l’écart entre les revenus – salaires – patrimoine les plus élevés et les plus bas est grand.

Autre revers de la médaille du point de vue des valeurs et standards français/ martiniquais : pas d’allocation familiale, pas d’allocation chômage, pas de RSA. À noter toutefois, que pendant le Covid, l’État a soutenu financièrement les entreprises et les citoyens.

En 2018, les six universités de Singapour ont mis en place un cours intitulé : « Singapour : imaginer les 50 prochaines années », témoin de cette propension de la cité-nation à anticiper sa trajectoire, en l’occurrence avec ceux qui sont concernés par les politiques publiques qui seront déployées.

Les dirigeants de la cité-état utilisent la méthode du design thinking, qui favorise l’innovation et s’appuie sur les retours des usagers et utilisateurs/citoyens du territoire.

Pragmatisme et efficacité semblent guider les dirigeants singapouriens. C’est ainsi qu’historiquement, les dirigeants ont emprunté à la fois au capitalisme et au communisme pour développer in fine un modèle propre et unique.

Sinon, cette citation de Laurent Fabius : « il faut faire passer le développement économique avant le préjugé idéologique ».

Re-sinon, j’aime bien ce proverbe chinois : les grands bonheurs viennent du ciel, les petits viennent de l’effort.

Bonne semaine

BJE (16082020)

Sources :
http://www.slate.fr/story/141098/fonction-publique-singapourienne-meilleure-monde
http://blog.educpros.fr/singapore-ed-lines/

Photos : depuis la table d’orientation du Phare de la Caravelle, Tartane, La Trinité, Martinique. (c)diasporamix.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

dix + 4 =

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Aller à la barre d’outils