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Le Gang des Antillais et le BUMIDOM

Le Gang des Antillais revient sur une partie de l’histoire de France des années 70 en mettant en scène un groupe d’Antillais braqueurs de banques, sur fond de Bumidom, qui organise la migration des Antillais et des Réunionnais.

Le gang des Antillais et le Bumidom

Après 30 années d’accroissement de la population, au début des années 70, les Antilles et la Réunion connaissent un ralentissement de cette tendance sous l’effet conjugué d’une baisse de la fécondité (qui reste supérieure à la moyenne nationale) et une augmentation des migrations. Les années 60 sont marquées par des mouvements de contestation qui ne vont pas s’arrêter dans les années 70 malgré ces mouvements migratoires.

En 1974 et 1975, 15000 Réunionnais, 15000 Martiniquais et 10000 Guadeloupéens quittent leur île. (in La situation démographique des départements français d’outre-mer. Henri Léridon – 1976).

Cette migration vers la métropole est prise en charge et organisée par le BUMIDOM, le Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer. Un billet aller, et pas de retour, pour une vie promise meilleure.

Les départements d’outre-mer accèdent difficilement aux promesses de la départementalisation de 1946. Ils  fournissent à la « métropole » ses cohortes de postiers, hospitaliers, personnels de service de l’éducation nationale. Le rêve métropolitain se transforme parfois en désillusion, quand ce n’est pas en cauchemar, si bien décrit par le tube de Super Combo (1975). « Man domi dewo »  (Man domi dewo, Man domi dewo, man domi an dalo, man domi an tou a métro – j’ai dormi dehors, dans le caniveau) est l’hymne de toute une génération de « migrants ».
C’est ce contexte que retrace « le Gang des Antillais », le film de Jean Claude Barny adapté de l’histoire vraie de Loïc Léry. Un thriller à la mode Blaxploitation qui dépeint le parcours des quatre membres d’un gang qui écume les bureaux de poste de la région parisienne dans les années 70. Des hommes dont les motivations restent toutefois complexes et difficiles à cerner. La révolte contre le système, l’esprit de revanche, le besoin d’argent pour la drogue, pour vivre…

Un casting inédit

Jean Claude Barny est guadeloupéen, noir, et français. Cette identité est présente dans tous ses films : outre le Gang des Antillais, il a réalisé Neg Maron, Tropiques Amers, Rose et le Soldat et bientôt Fanon…des films qui racontent les zones d’ombre et les complexités de la société Française. Esclavage, collaboration, migration organisée…

Au-delà de l’histoire singulière qui retrace une partie de l’histoire contemporaine française (c’est Michel Debré, ministre de l’Intérieur de De Gaulle qui organisa ce BUMIDOM qui fut aussi à l’origine du déplacement de 1615 enfants réunionnais vers des départements hexagonaux sous peuplés), « Le Gang des Antillais », met en scène dans tous les rôles principaux, des Noirs  : Djeje Apali, Eriq Ebouaney, Adama Niane, Vincent Vermignon, Djibril Pavadé, Jocelyne Béroard, Zita Henrot. Ce qui constitue une première !

En conclusion : si le film hésite entre le film de genre et le film d’action, on comprend que le manque de moyens l’a probablement empêché d’utiliser tous les outils qu’utilisent les réalisateurs pour attirer le public habitué aux blockbusters américains (on aurait souhaité voir des scènes de braquage). Il parvient néanmoins à redonner vie à cette période clé de l’histoire des Antilles et de la France.

Pour  approfondir, voir le documentaire sur le Bumidom, « L’avenir est Ailleurs », réalisé par Antoine Léonard-Maestrati, écrit par Michel Reinette.

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