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Roberto Fonseca, Cubain du monde entier

Roberto Fonseca présente Abuc, (Cuba à l’envers)

son nouvel album paru chez Impulse (John Coltrane, Sonny Rollins, Ibrahim Maalouf, John Scofield, Kenny Barron…), sans doute une façon de toucher un public plus large. En tout cas, la vidéo de « Afro Mambo », l’un des titres de l’album fait revivre les sonorités du mambo d’un Perez Prado, qui fit vibrer le monde avec sa mambo mania dans les années 50…c’était l’époque du Mambo N° 5 (eh non, ce n’est pas ou Bega qui a inventé le fameux Mambo n°5, mais Perez Prado, enfant de Cuba qui exporta sa musique triomphante aux Etats-Unis !), c’était l’époque de Benny Moré, l’époque des cuivres en chorus déchainés, des américaines rutilantes et des cigares insolents. Roberto Fonseca invite à un nouveau voyage avec Abuc qu’il présente en concert à travers l’Europe. L’occasion de revivre l’émotion d’un autre concert mythique dans une salle non moins mythique, le New Morning. C’était le 18 octobre 2012 pour la présentation de « Yo »…

« Ce soir, la musique parle au cœur et à la tête. La musique agit comme un miroir d’une identité profondément caribéenne et intensément abreuvée aux sources du monde d’aujourd’hui. Cubaine, africaine, moins jazz qu’à l’accoutumée… Roberto Fonseca réinvente sa musique.

Ce concert du New Morning du 18 ocobre 2012 est un bonheur.

Un concert et une invitation à penser en même temps qu’on écoute. Roberto Fonseca présente d’ailleurs « Yo » comme « une nouvelle manière de philosopher en musique ».

7 Rayos, le premier morceau interprété par le cubain et ses amis, est tout près de nous mener à la transe. Il est le cœur, le nœud de « Yo », le 7ème album de Fonseca. « Yo ».. qui suis-je ? Roberto Fonseca y répond note après note, posées tranquillement le temps que chacun s’en saisisse pour les laisser agir, sur le corps qui a du mal à ne pas bouger et puis dans la tête.

Piano, percussions africaines (Babar Sissoko avec son tambour d’aisselle, son tama bavard, l’accompagne et lui répond), guitare saturée, sample électro qui vient se superposer à l’acoustique des musiciens… tellement beau ce mélange, tellement juste, tellement profond. Comme une quête au delà des racines cubaines de Roberto Fonseca. Racines yorubas, sur ces mots de Nicolas Guillen (Son numéro 6), dits avec force, comme une évidence : “Como soy un yoruba de Cuba, / quiero que hasta Cuba suba mi llanto yoruba, / que suba el alegre llanto yoruba que sale de mí”, « Yoruba soy, cantando voy, / llorando estoy / y cuando no soy yoruba / soy congo, mandinga, carabalí”. (je suis Yoruba de Cuba/ je veux que mon chant Yoruba monte jusqu’à Cuba/ que montent mes pleurs yorubas/ que monte la plainte joyeuse qui sort de moi », « Je suis Yoruba, je chante, je pleure/ et quand je ne suis pas Yoruba/ je suis Congo, Mandingue, Carabali.

Une renaissance, une recherche des racines encore avec l’hommage aux musiciens cubains disparus

(« El Mayor » hommage poignant à Ibrahim Ferrer et Cachaito Lopez) avec ce montage sonore qui plonge la salle dans un état de conscience rare. Roberto Fonseca lève les yeux au ciel, il est presque debout sur son piano. Il est ici et là-bas, maintenant et avant. Il est le fil, un passeur.

Mais cette musique-là est aussi une promesse que la musique peut être la réponse à la bêtise du monde. Tous les idiots, les dictateurs, les ignorants, du monde devraient assister à un concert de Roberto Fonseca ; pourquoi les égoïstes et les méchants n’auraient-ils pas droit à cette musique ?

Baba Sissoko, dans sa grande sagesse malienne ne dit pas autre chose quand il rend hommage au pianiste cubain : « il a des mains d’or, mais il veut vivre avec sa planète. Il a pensé aller rencontrer le monde » ou encore l’évidence ici plus qu’ailleurs : « la musique est le symbole de la paix ».

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