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Thierry Lauzea, développeur de goûts

Thierry et la Chocolaterie

Ce n’est pas Charly, mais Thierry… Il s’appelle Thierry Lauzea, et avec son frère Jimmy il est le visage des Chocolats Frères Lauzea une marque qu’il impose depuis 2004 sur le terrain de l’excellence, voire du luxe. Chocolats, pâtes de fruits et pourquoi pas bientôt des crèmes de beauté Lauzea qui pourraient même se déguster. C’est que Thierry se définit aussi et surtout comme un développeur. Son ambition pour faire connaître ce produit qu’est le cacao martiniquais ne semble souffrir aucune limite. Sa chocolaterie qui a aidé à structurer la filière cacao en Martinique achète aujourd’hui environ 250 kilos de cabosses de qualité aux producteurs locaux et emploie 13 personnes. Depuis dix-huit mois, Thierry a posé ses valises et celles de sa famille à Orléans. Après la Martinique, Paris, Saint-Barth, il veut développer le potentiel de Frères Lauzea, explorer de nouveaux territoires du goût et conquérir de nouveaux marchés.

Interview

Ton portrait robot en quelques mots : nom, prénom, date de naissance, lieu de naissance, de résident, taille, profession. Ton slogan

LAUZEA Thierry –  25 avril 1969 –  Fort de France – lieu(x) de résidence : Lamentin – Orléans.  182 cm. Développeur. Passion, audace, travail, respect, innovation, excellence.

Thierry avec ton frère, Jimmy tu as lancé ton entreprise. Vous êtes chocolatiers.  Comment est née l’idée ?

En 1997, alors que je quitte mon premier job de responsable commercial de A&M Martinique – DGF, mon partenaire commercial métropolitain me reproche de ne pas avoir développé suffisamment sa gamme de chocolats. Je lui réponds : « Mais il n’y a pas de chocolatiers en Martinique », me voici lancé avec 2 autres amis ingénieurs agroalimentaires dans la fabrication d’une gamme de chocolats artisanaux. Après une pause, je relance l’affaire en 2004 de façon plus ambitieuse sous le format d’aujourd’hui.

Comment cela s’est-il passé ?

En 2004, après un beau parcours professionnel qui avait allié production locale et importations, après une expérience à la Jeune Chambre Economique j’ai eu envie de contribuer à ma façon au développement de la Martinique. Je négocie un départ de mon confortable poste de directeur des ventes, je rappelle (10 ans après !!!) mes anciens partenaires de A&M – DGF, je débauche mon petit frère, je suis 6 jours de formation avec Bruno PASTORELLI et Jean-François LANGEVIN, Meilleurs Ouvriers de France Chocolaterie, je passe 4 jours en immersion professionnelle chez Michel HUVELIN à Niort, j’ai la chance de faire une rencontre magique avec Josée GAGNON, Maître chocolatier canadien. Voilà le parcours qui me permet d’ouvrir notre première manufacture.

Avec qui as-tu appris ? Et progressé le plus ? Qui est ton mentor ?

Je crois que Jimmy et moi nous gardons précieusement dans nos cœurs les rencontres avec Bruno PASTORELLI et Josée GAGNON. Ils nous ont formés et nous ont fait progresser. Mais, nous n’avons pas eu le temps et la chance d’avoir un mentor. Toutefois, j’ai appris à suivre ma voie grâce à un visionnaire, Marcel RUIZ ; j’ai appris l’importance de la trésorerie grâce à un financier hors pair, Marcel PRESENT, et aujourd’hui, je suis admiratif du travail de mon confrère Jean-Paul HEVIN.

Vous valorisez un savoir faire, un patrimoine végétal, gustatif proprement caribéen Qu’est-ce que cela signifie ?

Pour nous, cela signifie se réapproprier le territoire, le valoriser pour qu’il soit de nouveau apprécié par ceux qui y habitent et ceux qui le visitent…dans tous les cas donner envie, envie de goûts, envie de plaisirs.

Comment définirais-tu le génie gastronomique antillais ou caribéen ?

Le génie gastronomique antillais, c’est le talent qui nous est propre de savoir piocher dans la richesse de nos cultures, européenne, caribéenne, africaine et amérindienne, et faire émerger des accords de mets au goût aussi subtil que franc.

Qu’est-ce qui te rend fier ?

Aujourd’hui, je suis fier de voir le nouvel engouement des martiniquais autour du cacao de notre île. Comment nous avons donné envie à toute une population de se réapproprier ce produit agricole…à double tranchant, nous avons également réveillé d’autres puissances économiques locales qui ne sont pas toutes des chevaliers blancs.

Où as tu grandi ?

J’ai grandi au bourg du Lamentin à la rue des Barrières à l’endroit même de l’implantation de notre actuelle manufacture. A l’époque, il se tenait dans ce local une épicerie familiale qui servait les habitants des quartiers « est » du Lamentin.

Et tes parents ?

Mon père, originaire du Lamentin, a été multi-entrepreneur, lui-même issu d’une famille d’entrepreneurs, c’est sans doute l’origine de mon désir d’entreprendre. Ma mère également lamentinoise pure souche est une inconditionnelle de la fonction publique : Trésor Public, Préfecture puis Région Martinique. Tous les deux nous soutiennent sans faille depuis la création de la chocolaterie…un vrai Trésor !

As-tu un but ?

Sur le chemin de la vie, je continue de découvrir au quotidien ma mission de vie, et je poursuis mon but qui est d’aimer (ma famille, mon travail, les autres)…terriblement difficile et douloureux. En même temps, c’est passionnant, cela me permet de me découvrir, d’apprendre un peu plus sur moi et sur les autres au quotidien pour devenir un meilleur moi-même !

Tu travailles et vis en Martinique, tes projets professionnels te mènent hors de ton île natale ? Où et pourquoi ces territoires ?

Je travaille et je vis de moins en moins en Martinique parce que mes projets professionnels me mènent de plus en plus partout dans le monde. Aussi, j’ai dû faire un premier choix : la France métropolitaine pour tirer profit d’un hub logistique international en continuité « règlementaire » avec la Martinique. Etre fort en Métropole permet de rayonner aisément à l’international.

Pourrais-tu exercer ton métier ailleurs ? Où ? Pourquoi ?

Oui je pourrais exercer mon métier ailleurs, car aujourd’hui, notre métier est triple : il est agricole pour la valorisation du cacao ; artisanal pour la transformation et la valorisation des produits ; et commercial sur l’aspect de nos magasins et de notre distribution. Et de ce fait le monde nous appartient. Nous pouvons aller là où pousse le cacao dans les régions tropicales du monde, Amérique du Sud, Afrique, Indonésie ; là où se consomme le chocolat, en Europe, en Amérique du Nord, au Japon ; là où le chocolat va se consommer dans les années à venir, Russie, Inde, Chine…le monde nous appartient si nous en avons envie !

Qu’est ce que les martiniquais ont que les autres n’ont pas, qui les aide à réussir ?

La Martinique.

Et à échouer ?

Rester en Martinique.

Si je te dis Diasporas ?

Juifs – Réseaux – Entraide – Intelligence – Succès

La chose la plus importante pour toi ?

Mes enfants, j’en ai 3 ! Je voudrais leur laisser la certitude que malgré les moments tourmentés que nous vivons tout est possible quand on est animé par la passion et par l’audace.

Tes projets en 2017 ?  Et après ?

Continuer de faire grandir la filière cacao en Martinique et en France. Innover, sortir de sa zone de confort et surprendre. Et après ? Continuer d’innover et surprendre encore !!!

Pourrais –tu stp nous donner la recette de la pâte de fruit à la goyave…sans trahir un secret ?

Bien sûr : une bonne sélection de fruits, une cuisson maîtrisée pour garder le moelleux de la recette, une dose de sucre bien ajustée…je pense n’avoir trahi aucun secret 😉

Le mot de la fin ?

Ecouter sa voix intérieure, hisser la grand voile et laisser souffler le vent vers le cap de la réussite.

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